Un OVNI en politique, c’est souvent comme cela qu’a été dépeint Emmanuel Macron, devenu ce dimanche soir, à seulement 39 ans, le plus jeune président de la Ve République française, sans avoir jamais auparavant exercé un quelconque mandat électif. Si l’on veut rester dans le registre spatial, c’est cependant plutôt à une fusée qu’il faudrait faire référence tant l’ascension du candidat d’En Marche ! en politique a été fulgurante.

Là où tous ses prédécesseurs sans exception, y compris le plus illustre, auront mis des décennies à accéder à la fonction suprême, il ne lui aura fallu que cinq ans, l’espace d’un quinquennat, celui de François Hollande, pour endosser le costume de premier des Français, en trahissant au passage – mais c’est de bonne guerre, semble-t-il, en politique – celui qui l’avait lancé.

On aurait tort de penser que l’idée de devenir président n’est venue que récemment à Emmanuel Macron. Mais il aura fallu quand même un alignement de planètes, totalement imprévisible il y a encore six mois, pour donner de l’élan à son ascension dans les sondages puis du corps à son succès dans les urnes.

Son grand mérite aura été d’avoir eu du flair pour mille et d’avoir cru en son étoile. « C’est un processus de cristallisation, comme dirait Stendhal, qui est progressif. Pour moi, il s’est fait à l’automne dernier », confiait-il récemment au micro RFI de Valérie Gas. « À la fois, poursuivait-il, parce que j’ai eu le sentiment, vraiment, de comprendre très intimement et profondément ce qui était en jeu ; ce qui était en train de se transformer et quelles étaient à la fois les aspirations et les inquiétudes profondes de notre pays. Et en même temps, parce que je m’en suis senti la volonté et la capacité. »

Un parcours atypique

« À la fois », « et en même temps », ceux qui se plaisent à brocarder une supposée, ou réelle, duplicité du personnage ne manqueront pas de relever deux de ses tics de langage les plus distinctifs, prononcés dans la même phrase, deux expressions qui lui ont fréquemment valu des sarcasmes ces derniers mois, au même titre que les désuets « peu me chaut ! », « la belle affaire ! » ou encore le verlainien « jadis plus que naguère ».

Difficile à cerner, Emmanuel Macron l’a toujours été, aux dires même de son entourage, ce qui lui fait au moins un point en commun avec François Hollande.

Si ses relations se comptent en effet par centaines, hormis Marc Ferracci, rencontré durant leurs études communes en 1999, on ne lui connaît aucun réel ami. Seule Brigitte, son épouse, saurait vraiment qui est celui qui présidera durant les cinq prochaines années aux destinées de la France. Pour les autres, il est ce littéraire surdoué au physique à la Boris Vian, période J’suis snob, que beaucoup voyaient devenir écrivain mais qui a fait un crochet par l’Inspection des finances, puis par une banque d’affaires avant de s’inscrire en politique. Un parcours atypique, assurément.

Emmanuel Macron naît dans le quartier bourgeois d’Amiens le 21 décembre 1977, au sein d’une maison de briques confortable mais sans ostentation, selon l’expression consacrée. Son père est chef du service de neurologie du CHU de la ville et sa mère médecin-conseil à la Sécurité sociale. Pas la misère bien sûr mais pas une vie de châtelain non plus. Un frère, Laurent, et une sœur, Estelle, tous deux médecins aujourd’hui, naîtront après Emmanuel. Plus que ses parents, c’est Manette, la grand-mère maternelle, qui va façonner le caractère du garçonnet. De son vrai nom Germaine Noguès, cette ex-principale de collège, qui vit à dix minutes à pied de la demeure familiale, lui enseigne la grammaire et lui transmet l’amour de la littérature, dès l’âge de cinq ans. « J’ai passé mon enfance dans les livres, un peu hors du monde », admet le futur fondateur d’En Marche ! dans Révolution, son livre-programme publié fin novembre 2016.

Hors du monde et un peu hors du temps aussi : il a douze ans lorsqu’il décide d’aller de lui-même dans une église pour se faire baptiser, une originalité de plus chez un préado issu d’une famille agnostique. C’est « le début d’une période mystique qui va durer plusieurs années », reconnaît-il dans le même Révolution. Élève brillant dans son collège jésuite La Providence (ça ne s’invente pas), il s’initie au théâtre et c’est là, sur les planches, qu’il est foudroyé par l’amour. Il n’a pas encore tout à fait seize ans et elle en a déjà quarante mais une liaison dangereuse, et finalement durable, se noue entre Brigitte Auzière, née Trogneux, mariée et mère de trois enfants, et le jeune Emmanuel. Croyant d’abord que leur fils fréquente Tiphaine, la fille aînée de Brigitte qui a le même âge que lui, Jean-Michel et Françoise Macron voient d’un très mauvais œil cette relation forcément vouée à l’échec. Il n’en faut pas plus pour décider le Julien Sorel en herbe d’aller finir son cycle secondaire à Paris, au prestigieux lycée Henri IV. Et de continuer à voir Brigitte.

Après un bac conquis avec la mention très bien, son cursus universitaire débute sur un raté : il échoue par deux fois au concours d’entrée à l’École Normale Supérieure. « La vérité est que je ne jouais pas le jeu. J’étais trop amoureux pour préparer sérieusement le concours », a-t-il avoué à Jérôme Garcin dans l’hebdomadaire L’Obs, lors d’une interview consacrée à la littérature en février dernier. La suite sera beaucoup plus réussie : il mène d’abord de front des études à Science-Po et un DEA de philosophie à Paris X Nanterre où il rédige deux mémoires dédiés à Hegel et à Machiavel, ce qui n’est pas dénué de sens quand on se destine à une carrière en politique. C‘est durant cette période qu’il officie comme assistant du philosophe Paul Ricœur, rencontre marquante qui lui ouvre aussi les portes du comité de rédaction de la revue Esprit, mensuel des intellectuels de la deuxième gauche, celle de Pierre Mendès-France et de Michel Rocard.

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