Alliance UFR-UFDG: Qui se ressemble s’assemble
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L’alliance conclue entre Sydia Touré et Cellou Dalein Diallo ne surprendra que ceux qui croyaient encore à la bonne foi des certains anciens premiers ministres dans leur engagement pour le changement en Guinée.
C’est l’occasion de faire une remarque fondamentale concernant ces anciens premiers ministres candidats à la Présidentielle 2010 : à aucun moment, ils n’ont d’une manière où d’une autre, reconnu une quelconque responsabilité dans l’échec économique, politique ou social de notre pays.
Il ne s’agit pas d’exiger d’eux un mea-culpa total ou qu’ils endossent l’entière culpabilité de tout ce qui s’est passé comme détournements, mauvaise gouvernance, violation des droits élémentaires, corruption, etc.
Il aurait juste fallu qu’ils reconnaissent un minimum de responsabilité quitte à le justifier par le droit à l’erreur ou à l’expliquer par l’adversité interne au système qu’ils ont rencontré. Mais non ; en l’occurrence, ni Cellou Dalein Diallo, ni Sydia Touré n’estiment avoir de compte à rendre sur quoi que ce soit de négatif pendant leur mandat. Selon eux, ils n’ont jamais rien fait de mal, ils ont un bilan positif et tout ce qui s’est passé de négatif est de la responsabilité des "autres".
Ceci explique la convergence objective d’intérêts entre Cellou et Sydia.
La position de Cellou Dalein Diallo est logique, il est en course pour la présidentielle et il serait suicidaire pour lui de reconnaître ses fautes et méfaits en tant que Premier ministre. L’élimination de la course à la présidentielle offrait une opportunité à Sydia Touré : confirmer son engagement pour le changement en rejoignant Alpha Condé, seul candidat en lice n’ayant aucun compte à rendre et aucune responsabilité sur l’état actuel de la Guinée. Il aurait ainsi pu présenter son appui comme un apport en termes d’expérience et d’unification (thèmes qui lui sont si chers).
Il ne l’a pas fait parce que tout simplement l’ego démesuré de l’homme dépasse la sagesse qui devrait habiter le politique.
Sydia Touré n’est jamais sorti de ses ambitions personnelles et égoïstes pour entrer dans les habits d’homme politique responsable et visionnaire.
Aux yeux de Sydia Touré, rejoindre Alpha Condé, reviendrait à accepter que c’est ce dernier qui est dans la vérité dans ce projet de changer la Guinée. Ce serait reconnaître l’échec de tous ceux qui ont géré la Guinée jusqu’à présent. Et cela, Sydia Touré préfère mourir politiquement et entraîner son parti avec lui plutôt que de l’admettre.
Il est évident que dans les jours qui viennent, le leader de l’UFR se défendra en prétendant qu'Alpha Condé n’a pas accepté ses conditions. En fait, Sydia Touré a tout fait pour exiger ce qui était inacceptable de manière à rejeter la responsabilité du désaccord sur Alpha Condé.
En attendant de savoir les vraies conditions qu’il a exigées au leader du RPG, examinons ce qu’il a obtenu, officiellement, de Cellou Dalein Diallo :
- 35% des postes ministériels et administratifs : reste donc 65% pour l’UFDG qui, il faut le présumer, ne seront plus partagés avec d’autres partis. Vous avez dit "unification" ?
- La présidence de la Cour des comptes : Premièrement elle n’existe pas encore mais on peut supposer qu’elle va être créée. Ceci étant, il est assez étrange qu’avant même de commencer à travailler ensemble, Sidya et Cellou affichent de manière si ostentatoire la méfiance qu’ils ont l’un vis-à-vis de l’autre. En somme Sidya dit ceci à Cellou "je vais travailler avec toi mais je sais qu’on ne peut pas compter sur ta gestion des deniers publics, donc je veux te contrôler : j’exige la Cour des comptes !"
- La Présidence de la Cour des compte, les accords pour les législatives sont pour l’instant anecdotiques, nous y reviendrons.
La lecture des accords Cellou-Sydia appelle des observations :
- Ces accords concrétisent la coalition naturelle des acteurs majeurs d’un système qui a mis la Guinée à genoux contre quelqu’un qui a toujours chercher à le changer. Le partage qu’ils ont déjà fait des leviers du pouvoir prouve à suffisance l’esprit avec lequel ils souhaitent revenir aux affaires : "On prend les mêmes et on recommence, voici ma part, voici la tienne".
- De toute évidence, Sidya et Cellou ayant appartenu au même gouvernement, sont liés par des secrets concernant leur gestion qu’ils ne peuvent pas prendre le risque d’exposer dans des débats contradictoires : "je te tiens, tu me tiens par la barbichette".
- Une fois encore le pouvoir sera géré par une nomenclature qui continuera à fonctionner selon les mêmes réflexes, les mêmes principes et avec les mêmes personnes pour aboutir….aux mêmes résultats.
Dans le communiqué justifiant son choix la cellule de communication expose les trois critères qui ont guidé son choix :
l’amélioration des conditions de vie de nos populations passe avant
toute autre ambition,
l’intérêt de la Nation doit prévaloir sur l’orgueil personnel
(le) destin personnel (de Sydia Touré) n’a pas d’importance face à la nécessité de construire notre Bien Commun qu’est la Guinée.
Sur le point 1 : Sydia Touré peut-il nous dire ce qui, dans le programme ou le discours d’Alpha Condé, est contre l’amélioration des conditions de vie des guinéens ?
Sur les points 2 et 3 : Sydia Touré insiste sur la nécessité de sacrifier les ambitions personnelles au profit de l’intérêt supérieur de la Nation. De qui parle-t-il ? Alpha Condé, Cellou Dalein Diallo ou lui-même Sydia Touré ? Qu’y a-t-il de comparable entre ceux qui ont attendu de se servir au plus haut niveau de l’Etat avant de tenter de faire croire au peuple qu’il pouvait le servir et celui qui, dès le départ s’est mis du côté du peuple ? Qu’y a-t-il d’équivalent entre ceux qui se sont construit une carrière et une fortune à l’abri des arcanes du système sans jamais le dénoncer, ni le combattre et celui qui n’a jamais accepté de participer à cette forfaiture pour rester fidèle à ceux qui lui faisaient confiance ? En quoi, comment et quand Alpha Condé a-t-il une seule fois mis son ambition personnelle avant celle du peuple de Guinée ?
Malheureusement pour Sydia Touré et Cellou Diallo, la base de l’UFR ne veut pas de cet accord. Chacun y voit ce que Sydia Touré, aveuglé par ses ambitions et son orgueil, refuse d’envisager mais qui est pourtant d’une évidence criante.
Aucune loi n’impose à Cellou Dalein Diallo de respecter les accords signés avec Sidya. Ces accords signés n’ont que la valeur que les deux signataires voudront bien leur donner. Il durera, trois mois, un an, maximum deux. Cellou Dalein Diallo démettra le premier ministre UFR, remplacera le Président de la Cour des comptes et chassera les ministres UFR du gouvernement, ensuite il aura largement le temps de mettre une administration territoriale à sa botte en vue des prochaines élections. C’est comme ça que le système a fonctionné, c’est comme ça qu’il fonctionnera ; c’est écrit. Seul Sydia ne le voit pas ou fait semblant de ne pas le voir.
Sydia Touré préfère prendre le risque de livrer ses militants pieds et poings liés et le peuple de Guinée avec, à un homme qui à lui seul compte plus de douze ans de responsabilité dans le drame guinéen plutôt que d’accepter d’accompagner la seule alternative que représente Alpha Condé.
Aujourd’hui ceux de ses partisans qui lui faisaient encore confiance se rendent compte à quel point ils ont pu se tromper sur sa personne et ses véritables objectifs. Heureusement pour eux et pour la Guinée, s’agissant du deuxième tour du scrutin et des reports de voix, son alliance avec Cellou Dalein Dallo est un non événement. Dès l’annonce des résultats de premier tour les militants de l’UFR ont commencé à affluer en masse au siège du RPG. Cette masse de militants s’est transformée en vagues entières venues de tous les quartiers et dans toutes les régions.
Oui monsieur Sydia Touré, il y a quelques jours vos militants étaient en avance sur vous, aujourd’hui ils ne sont plus avec vous. Ils vous ont abandonné en chemin dès qu’ils ont compris que vous souhaitiez emprunter le raccourci de la compromission et des intérêts égocentriques, ils ont préféré aborder l’autoroute du changement avec Alpha Condé. La Guinée leur appartient, leur voix aussi.
Balakhissa Samoura
