M. Lancei Konaté, secrétaire chargé des affaires extérieures du PDG-RDA: « Je suis encore sur ma faim »

M. Konaté, il y a un an, le 07 novembre, que le candidat de votre Alliance, le professeur Alpha Condé remportait l’élection présidentielle. En ce jour symbolique quel bilan pouvez-vous faire de son action ?
Lancei Konaté:
Merci de me permettre de m’exprimer, en ce jour historique symbolisant le retour de la Guinée à l’ordre constitutionnel avec la victoire du candidat que mon parti et d’autres mobilisés dans l’alliance Arc-en-ciel ont soutenu, je veux parler du professeur Alpha Condé. Cette élection intervenue, il faut l’avouer dans un contexte socioéconomique ardu, m’a inspiré beaucoup d’espoirs. Espoir des lendemains meilleurs pour les populations d’un pays au bord de la faillite, en cessation totale de payement, économiquement exsangue. Espoir de la fin des détournements, des pillages des ressources du pays; espoir de voir l’Etat assurer à ses populations les services sociaux de base comme la fourniture d’eau potable et de l’électricité ainsi que l’amélioration de l’accès aux soins de santé, l’accès des enfants surtout dans les zones rurales à l’école, la revalorisation et la qualification du système éducatif de notre pays pour le rendre compétitif, la création d’emplois, la promotion d’un état de droit et démocratique, la séparation effective des pouvoirs avec une justice indépendante et forte, pour dire le droit, rassurer les investisseurs locaux et étrangers etc.

Par rapport à tous ces aspects, je reste encore sur ma faim. Pas parce que les objectifs n’ont pas été atteints, c’est illusoire de s’attendre à des résultats concrets en moins d’un an de l’entrée en fonction du président élu, même si ce dernier a juré de rattraper, en cinq ans, les 52 ans de retard de la Guinée. Ma déception réside dans le fait que je n’observe, pour ma part, aucune tendance vers la satisfaction de ces attentes des guinéens qui ont cru au changement promis par notre candidat. Je ne peux alors nier ma grande déception de ne percevoir aucune lisibilité dans la démarche du gouvernement. Et avec un gouvernement pléthorique de près de 100 ministres, un record absolu, les espoirs des populations ont fondu. On n’a aucune idée de la politique du gouvernement par rapport aux besoins primaires et prioritaires des populations. Je ne vois aucune amélioration de l’état de nos routes qui se dégradent davantage. Dans le domaine de l’éducation, il y a un manque criard de visibilité, rien ne semble entrepris concrètement pour améliorer l’accueil et les conditions de vie des étudiants dans nos universités.

?

GUINEE24 : Vous ne pouvez pas non plus ignorer certaines mesures comme l’arrêt des détournements des fonds publics?

Lancei Konaté: C’est un point positif que j’avais perçu et salué après les cent premiers jours de l’investiture du président Alpha Condé. Comme l’interdiction de l’usage de la planche à billet ou la maitrise de l’inflation dans des proportions encourageantes. Je m’étais aussi réjouis de l’intérêt grandissant que notre pays suscitait au niveau des investisseurs de tous ordres et qui débarquaient à longueur de journée à Conakry. On pouvait également se féliciter de la démilitarisation des agglomérations urbaines et particulièrement de Conakry. Tous ces points positifs auguraient plutôt une reprise de l’activité économique dans le moyen terme.

Aujourd’hui, la réalité est tout autre. Ces bonnes mesures si elles n’ont pas été abandonnées, elles n’ont pas du moins donné les résultats attendus. Si les détournements ont peut-être pris fin, moi je ne sais pas dans quels investissements d’intérêts publics va aujourd’hui l’argent de l’état guinéen. Si la Guinée est toujours un attrait pour les investisseurs, personnellement je n’y vois aucun effet sur le terrain, encore moins dans la vie des guinéens. Si l’inflation a été maitrisée, les prix des produits et denrées de premières nécessités eux grimpent jour après jour. Quant à la démilitarisation, je crois qu’elle a vécu, les militaires depuis que la Guinée est indépendante n’ont jamais été aussi présents dans les rues et sur les axes routiers du pays que maintenant, arnaquant les populations et restreignant leur liberté de circulation. Au même moment, on assiste à une montée fulgurante de l’insécurité dans tout le pays, notamment dans la capitale où des hommes armés attaquent et tuent les citoyens dans leurs maisons sans aucun secours malgré la prolifération des barrages militaires dans les carrefours de Conakry.

Que dites vous des moyens mis à la disposition de l’agriculture pour résoudre les défis de l’autosuffisance alimentaire?

C’était aussi une bonne mesure, et la volonté politique louable. Mais, j’attends les récoltes pour voir si les moyens colossaux débloqués nous permettront de réduire ou non le volume de l’importation du riz, de renforcer notre sécurité alimentaire. En attendant, je persiste à dire qu’on aurait d’abord privilégié l’aménagement des plaines cultivables avant de fournir les engrais aux paysans. Je ne veux même pas évoquer les surfacturations dénoncées par le président Alpha Condé, lui même sans que les responsabilités ne soient situées, sans que la moindre sanction ne soit prise. C’est comme le scandale de la crise du sang au niveau des centres hospitaliers qui a fait perdre la vie à des guinéens. Là aussi, on s’est contenté de proférer des menaces, pas plus. Ce laxisme est-il le changement espéré par les guinéens. Je ne le crois pas.

 »La Guinée is back » c’est le slogan lancé par le président Alpha Condé pour marquer le retour de la Guinée sur la scène internationale. L’offensive diplomatique du chef de l’état enregistre des succès comme la décision du président Obama d’admettre la Guinée dans l’AGOA?

Lancei Konaté: L’admission de la Guinée au sein de l’AGOA offre à notre pays la possibilité de bénéficier des opportunités d’exportation offertes par l’ouverture du marché américain à certains produits africains en franchise de taxes et de quotas. Donc c’est une excellente nouvelle pour notre économie. Nous devons tout faire pour que nos exportations soient conformes aux normes de qualité exigées par l’AGOA qui constituent des entraves à l’entrée de nombreux produits africains sur le marché américain. Je précise que pour être éligible, un pays doit en principe instaurer une économie de marché, un Etat de droit et une démocratie plurielle, éliminer les entraves à l’investissement américain, protéger la propriété intellectuelle, combattre la corruption, bannir certaines formes de travail des enfants etc. La Guinée, la Côte d’Ivoire et le Niger ont été admis à titre exceptionnel par le président Obama, en raison surtout du retour à l’ordre constitutionnel intervenu dans ces trois pays. Avec les critères énumérés, sans aucun esprit de malveillance, je pense que pour la Guinée, la vérité voudrait que le mérite revienne plutôt au général Sékouba Konaté qu’au professeur Alpha Condé.

Probable, mais la Guinée avec le président Condé s’affirme de plus en plus sur la scène internationale?

Lancei Konaté: Franchement, ce n’est pas mon avis. Peut-être que vous avez votre définition de l’affirmation d’un pays sur la scène internationale. Pour moi, dans le monde d’aujourd’hui, l’affirmation pour un pays africain, c’est bénéficier des financements des bailleurs de fonds, c’est trouver les moyens pour faire face à ses projets et programmes, ce sont des investissements. De ce point de vue, le président Ouattara qui engrange de toute part des financements pour son pays, la Côte d’Ivoire s’affirme. Nous devons nous en inspirer. J’étais la semaine dernière à Bruxelles, où j’ai été désagréablement surpris d’apprendre que le gouvernement guinéen n’a pas encore signé le programme indicatif du 10e Fonds Européen de Développement qui finit en 2013, dans deux ans. Les autres pays ACP notamment africains sont très avancés dans le décaissement des enveloppes qui leur sont allouées. Pour moi, ce n’est pas ça  » la Guinée is back », et ce n’est pas ainsi qu’un régime s’affirme sur la scène internationale.

J’ai également appris que le président Alpha Condé voyage désormais avec un journaliste d’africa 24 sans aucun journaliste guinéen même de la presse publique. C’est extrêmement grave qu’il méprise ainsi la presse guinéenne, qui a été son seul soutien dans ses moments les plus pénibles. A la place du professeur Condé, au regard des rapports tissés avec la presse guinéenne, j’aurais financé aussi de ma poche le voyage des journalistes. Pour donner un plus à l’acquis obtenu sous Lansana Kouyaté qui veut qu’un journaliste de la presse privée s’ajoute à l’équipe de journalistes du service public à chaque déplacement officiel.

Le président semble déployer des efforts pour la réconciliation nationale. Le PDG est-il prêt à s’impliquer dans ce processus ?

Lancei Konaté: Parti ayant conduit la Guinée à l’indépendance et ayant gouverné le pays pendant 26 ans, le PDG est forcement concerné par toutes les questions d’intérêt national, surtout celle se rapportant à la réconciliation nationale. Mais, je remarque que le président Alpha Condé aborde cette problématique nationale de la manière la plus inappropriée qui soit. Il ne s’agit pas d’un problème personnel à lui, ni même d’un problème entre les communautés ou ethnies composant la Guinée. La question de réconciliation nationale se rapporte aux actes posés par l’état guinéen depuis notre indépendance, le 2 octobre 1958. A ce que je sache le professeur Alpha Condé, n’a jamais géré avant son élection, le 7 novembre 2010. Aujourd’hui au lieu de soulever, examiner et corriger les faits et situations qui ont opposé les gouvernements guinéens à des citoyens de toutes catégories et de toutes origines, il personnalise le débat en le focalisant et en le limitant sur ceux qui l’aiment ou ne l’aiment pas, sur ceux qui ont voté pour lui ou contre lui. Le professeur Condé a tendance à se culpabiliser.

Comment ?

Lancei Knaté: En voulant réduire la question de réconciliation nationale à la nature de ses rapports avec telle ou telle communauté. Ors, comme je viens de le dire, il vient de prendre les rênes du pays, donc il n’a aucun contentieux personnel avec qui que ce soit pour le moment.

A quoi faites-vous allusion, à la rencontre avec les sages du Foutah ou …?

Lancei Konaté: En tant que président de la République, le professeur Alpha Condé ne doit favoriser ou exclure aucun guinéen ou groupe de guinéens. Il ne doit pas non plus singulariser un groupe ou une communauté. Qu’il initie des contacts, des rencontres avec les sages ou coordinations régionale du pays, c’est une démarche louable. Mais, que le pouvoir fasse autant de bruits sur la rencontre avec les sages du Foutah ou la tournée du Premier ministre en Moyenne Guinée ou celle annoncée du président dans la même région, est une forme de singulariser le Foutah. C’est comme si le président discriminait le Foutah en recevant les trois autres coordinations de la Haute Guinée, Basse Guinée et Guinée Forestière. En agissant de la sorte, il se culpabilise en accréditant la thèse de ceux qui l’accusent de tous les crimes à l’égard du Foutah. En tant que président de la République, il doit prouver par des actes et actions qu’il est au service de toute la Guinée, non d’une région ou une communauté, qu’il œuvre à consolider l’unité nationale qu’il a trouvée, à la fraternité et à la solidarité. La question de réconciliation nationale ne se résume pas au fait que le Foutah ait voté ou non pour Alpha Condé, mais aux contentieux entre l’état guinéen et les citoyens de ce pays, ce depuis notre accession à l’indépendance. Et le souci du chef de l’état devrait être sur le comment faire pour réaliser son programme dans l’intérêt national sans aucune exclusion.

Il ne doit pas tout de même ignorer les guinéens qui ont voté pour son challenger, Cellou Dalein Diallo ?

Lancei Konaté: Le président de la République ne doit ignorer aucun guinéen partout où il se trouve, quelque soit son opinion. Son action est à inscrire dans une démarche globale et non particulière. Le président n’a pas vocation à conforter dans leur position ceux qui se victimisent, il doit gouverner en s’inspirant de la Constitution guinéenne sans se laisser impressionner par ceux qui cherchent à le confiner dans des conflits d’ordre communautaire ou confessionnel. Pour sa part, Cellou Dalein Diallo doit assumer sa défaite.

Que voulez-vous dire, Cellou Dalein a déjà reconnu sa défaite ?

Lancei Konaté: Du bout des lèvres. Le président de l’UFDG doit tenir un langage de vérité à ses militants et partisans, dire clairement qu’il a perdu l’élection, qu’il a été régulièrement et démocratiquement battu sur la base du vote des guinéens. Mais, dire  »j’accepte les résultats malgré les vols et tricheries… » c’est créer la confusion dans la tête de ses partisans et les entrainer dans la violence. Ce n’est ni honnête ni responsable. Le président de la République ne doit pas lui tomber dans ce jeu; l’enjeu devant rester la gestion juste de la Guinée.

Vous pensez que Cellou Dalein ne joue pas le jeu de la démocratie?

Lancei Konaté: C’est une évidence. Partout où un leader démocrate a perdu l’élection, il a félicité le vainqueur. C’est ce qui s’est passé au Niger, c’est ce qui se passe dans tous les pays occidentaux où Cellou Dalein séjourne tout le temps. Mais, inciter ses partisans à la rébellion contre un pouvoir légal et légitime est-il digne d’un démocrate?

Cellou Dalein Diallo n’est motivé que par les intérêts personnels comme l’encaissement des 2 milliards de francs sur le cadavre de plus d’une centaine de guinéens. Et puis, il a un lourd passif. Figurez-vous que sur les 25 ans de pouvoir du feu général Lansana (paix à son âme), Cellou Dalein a exercé 14 ans durant, de l’ACGP à la Primature. Pour moi, si la Guinée est économiquement et même politiquement dans une situation lamentable aujourd’hui, si elle manque d’eau, d’électricité, Cellou Dalein Diallo a une responsabilité plus grosse que tous les ministres que le président Conté a usités.

Votre jugement est très sévère, vos accusations ne sont-elles pas excessives ?

Lancei Konaté: Je ne verse pas dans l’excès. Est-ce faux que Cellou Dalein Diallo, de 1994 à 2006, a été administrateur adjoint des grands projets, ministre plusieurs fois et Premier ministre? Je n’invente rien. Et puis j’ajoute que les guinéens savent très bien que c’est Cellou Dalein Diallo qui a piloté le projet Garafiri dont la réalisation a coûté plus de 200 millions de dollars à l’époque, et qui ne produit pas d’électricité aujourd’hui. Je n’empêche personne de fermer les yeux sur ces scandales et de s’aligner derrière Cellou Dalein Diallo, tout ce que je demande au président de l’UFDG, donc au leader politique c’est d’être honnête, démocrate, reconnaitre et assumer sa défaite électorale, c’est tout. Le pouvoir se conquiert dans les urnes et non par les armes.

Des manifestants de l’UFDG à château rouge à Paris ont traité Alpha Condé de  »dictateur, criminel », et qu’il était disqualifié. Est ce votre avis aussi?

Lancei Konaté: Evitons le mélange des genres. Ce n’est pas mon avis que le président Alpha Condé est dictateur, criminel ou qu’il soit disqualifié. Non, il n’a commis aucun acte criminel, et il est élu pour cinq ans, que nous devons tous respecter. Encore une fois, Cellou Dalein Diallo doit assumer sa défaite. Moi, je critique les méthodes du gouvernement, les incohérences, l’incapacité d’un régime à mener le changement, la rupture, de répondre aux attentes des populations guinéennes.

Votre parti a gouverné durant 26 ans (1958-1984). Sa gestion faite de haut et de bas, est surtout critiquée même assombrie par l’affaire du camp Boiro. Pourquoi tardez-vous à reconnaitre cet aspect négatif et à présenter les excuses aux victimes?

LK: Dire que notre régime a été parfait, ce serait proférer un gros mensonge dont le militant du PDG que je suis, convaincu des principes et idéaux enseignés par le président Ahmed Sékou Touré (Paix à son âme) ne se croit pas digne. Il y a eu le camp Boiro, il y a eu le 04 juillet 1985, il y a eu le 28 septembre 2009, etc. Pour faire la lumière sur tous ces points, notre parti a proposé une conférence nationale au cours de laquelle chacun saura qui a fait quoi. En ce qui nous concerne, tout le monde sait que la Guinée a été agressée, le 22 novembre 1970, avec un lourd bilan de plus de 360 morts. Toutes les organisations internationales (OUA, ONU, les Non Alignés etc.) ont voté des résolutions pour condamner l’agression et demander au gouvernement guinéen de punir les agresseurs selon les lois du pays. Dans un dialogue regroupant l’ensemble des forces politiques et sociales du pays, nous pourrons examiner les tenants et aboutissants de ces faits et indiquer quel a été le rôle joué par les uns et les autres dans toutes ces tragédies regrettables et douloureuses que notre pays a connus. Et puis, ce n’est pas de notre responsabilité si le CMRN qui a pris le pouvoir après le décès du président Ahmed Sékou Touré n’a pas voulu faire le bilan du PDG ou mener des enquêtes sur les complots.

Quelle est votre part de responsabilité dans les cinquante ans de retard de la Guinée?

LK: Le discours sur  »cinquante ans de retard », c’est pour amuser la galerie, ce n’est rien d’autre que de la démagogie. Moi, j’ai grandi et étudié à Kankan où il y avait du courant, de l’eau. Il y ‘avait des usines et des industries en Guinée qui produisaient, fonctionnaient avec le courant, et employaient des milliers de travailleurs. Je veux parler de l’usine de thé de Macenta, de la scierie de N’zérékoré, de la conserverie de Mamou, l’usine de jus de fruits et la briqueterie de Kankan, l’usine de jus de fruits de Forécariah, sans compter les dizaines d’industries de Conakry. Quand le PDG quittait le pouvoir, la Guinée disposait de plus de cent cinquante unités de productions. Que sont-elles devenues? Toutes ces sociétés et entreprises ont été tuées sous la deuxième République. Qu’on arrête de dire cinquante ans de retard, c’est à partir de 1984 que la descente en enfer de la Guinée a commencé, que le pays a commencé à sombrer, que les auteurs des vols et détournements des deniers publics sont devenus des anges, des personnes bénies. Sous la première République, même le fou savait que le bien public était sacré et intouchable. Nos ressources minières nous assuraient des revenus importants, notre diplomatie était rayonnante. Notre armée était la fierté de l’Afrique, elle a participé à la libération des pays africains. Dire que le PDG a une part de responsabilité dans les cinquante ans de retard c’est méconnaitre l’histoire de la Guinée, tordre le cou à la vérité. C’est pour toutes ces raisons d’ailleurs que nous demandons une conférence nationale, et à partir de là tout le monde saura qui a fait quoi pour ou contre la Guinée. Les générations actuelles ferons la différence entre ceux qui ont voulu construire la Guinée et ceux qui l’ont détruite.

Pour revenir au bilan du professeur Alpha Condé, vous ne voyez alors aucun point positif?

Lancei Konaté: Si pourtant. Le fait que la Guinée renoue avec l’ordre constitutionnel n’est pas négligeable, le retour des militaires dans les casernes n’a pas de prix.

Avec le premier président démocratiquement élu de la Guinée…

Lancei Konaté: C’est un discours journalistique, je dirai même démagogique

C’est ce que la communauté internationale reconnaît

Lancei Konaté: Quelle communauté internationale? Ils ignorent l’histoire de la Guinée. Est-ce du ciel que le président Ahmed Sékou Touré a surgit en 1957 et 1958 pour s’imposer? N’avait-il pas été élu par des guinéens face à des candidats d’autres partis et dans des scrutins ouverts et transparents? Qu’on cesse alors de tromper les guinéens en salissant notre histoire que nul n’ignore. Si tous les autres partis ont accepté par la suite de rejoindre le PDG et de considérer ce parti comme l’unique formation politique du pays, et que le président Ahmed Sékou Touré soit systématiquement désigné candidat unique, nous le devons au contexte politique de l’époque.

Alors êtes-vous aussi disposé aujourd’hui à vous fondre au RPG et de considérer le professeur Alpha Condé comme leader naturel?

Lancei Konaté: Ecoutez, le PDG, parti de l’indépendance de la Guinée, tient à préserver sa personnalité, il n’est pas soluble dans un autre parti. Il ira seul défendre ses couleurs aux législatives.

Pourquoi cette prise de distance avec l’alliance Arc-en-ciel?

Lancei Konaté: Arc-en-ciel n’était pas un parti, mais une Alliance qui a soutenu un candidat, et nous avons été content que ce candidat sorte victorieux de la présidentielle. Nous devons maintenant, nous au PDG, nous mobiliser et exprimer notre identité aux législatives.

Pourquoi pas au sein de la même alliance?

Lancei Konaté: Pourquoi, je vous renvoie la question, au sein d’une alliance qui nous ignore? Vous savez très bien que les engagements signés et qui auraient pu maintenir l’Alliance n’ont pas été respectés par le candidat. Il était convenu de gouverner ensemble après la victoire. Si le président élu refuse d’honorer les accords conclus entre le candidat et les partis alliés, pour quels motifs ces partis feront-ils semblant d’être concernés par un régime qui ne les reconnait pas.

On parle du RPG-Arc-en-ciel?

Lancei Konaté: Le PDG-RDA n’est pas concerné par cette nouvelle appellation. A partir du moment où les engagements pris dans le cadre de l’alliance Arc-en-ciel sont devenus caduques, nous ne pouvons pas nous impliquer dans une autre Alliance dont le but premier est de nous avaler. Laisser nous trouver notre propre chemin. Ce n’est pas à cause des portefeuilles ministériels ou des postes de direction que nous allons perdre notre identité.

Pensez-vous que le président Alpha Condé a tué l’alliance Arc-en-ciel et cours derrière une majorité introuvable?

Lancei Konaté : Les partis alliés ont remplit leur part du contrat en se battant chacun selon ses moyens pour la victoire du candidat. A partir du moment que ce candidat devenu président a oublié les accords, l’alliance n’avait aucune chance de survie, du moins dans sa version initiale. Pour la majorité, ce sont les guinéens qui trancheront. Notre souhait est que les élections soient réellement transparentes.

A propos des législatives justement, la date du 29 décembre 2011 fixée par la CENI comme jour du scrutin suscite des oppositions vives au niveau de certains partis. Quelle est la position du ¨PDG?

Lancei Konaté : Le PDG n’est pas d’accord la fixation unilatérale de la date des législatives par le président de la CENI, Lounceny Camara. Ce dernier devrait savoir que c’est un impératif pour la CENI de consulter les partis politiques de toutes tendances sur toutes les questions électorales avant d’annoncer quoi que ce soit.

Que pensez-vous de la montée du régionalisme dans la vie politique guinéenne?

Lancei Konaté: Je ne peux que condamner ce phénomène inimaginable quand le PDG était au pouvoir. Ce sont des politiciens sans arguments, en crise de programme rassembleur et salit par leur passé qui font recours à la fibre ethnique pour exister dans la vie politique guinéenne. Je constate d’ailleurs que de nombreuses voix s’élèvent contre ce phénomène. Justement, le changement attendu par les guinéens aurait du combattre ce phénomène par la prime à la compétence, à l’intégrité.

Votre dernier mot, M. Konaté?

Lancei Konaté: Je vous remercie de m’avoir permis de m’exprimer si longuement. Je félicite et remercie nos militants d’avoir suivi la consigne de vote du parti à la présidentielle en faveur de notre candidat, le professeur Alpha Condé. Je leur demande de rester mobiliser pour les législatives et de défendre les valeurs de liberté, de responsabilité, d’honnêteté, de patriotisme, de travail, de fraternité incarnées par le président Ahmed Sékou Touré.

Propos recueillis par MS

Interview: l’ancien ministre d’Etat, M. Bouba Barry parle de ses relations avec le présumé narcotrafiquant, Mamady Kallo

Récemment, le nom du ministre Bouba Barry avait été évoqué par Mamady Kallo, lors de l’une de ses auditions à la barre des assises de la Cour d’appel de Conakry, dans le dossier des présumés narcotrafiquants. En vue d’équilibrer cette l’information, l’ex-ministre s’est confié à un de nos confrères de la place. Avec lui, il a été question entre autres, outre le cas Kallo mais aussi de sa nouvelle vie, après le départ du gouvernement Komara auquel il appartenait, Sans oublier la politique, ses relations avec le Président du CNDD, Capitaine Moussa Dadis Camara, …

1- Présentez-vous à nos lecteurs ?

Boubacar Barry (B.B.):  Je m’appelle Barry Boubacar, je suis architecte de profession, ancien ministre d’Etat chargé de la Construction, de l’Aménagement du Territoire et du Patrimoine Bâti public de la république de Guinée.

2- Depuis votre départ du gouvernement, vous vous êtes lancé dans la politique. Est-ce dire que vous serez candidat à la présidentielle du 27 juin ? Si oui, qu’est-ce qui a motivé cette décision ?

Bouba Barry: Ecoutez, je ne vais pas vous répondre de façon directe si je suis candidat ou pas candidat. Je suis membre fondateur d’un parti politique qui s’appelle le PNR (ndlr : parti national pour le renouveau) qui est régi par des statuts et un règlement intérieur. Ces statuts stipulent qu’il faut organiser d’abord des primaires à l’interne pour pouvoir désigner les candidats éventuels du parti. Des appels à candidature ont été faits à l’interne au niveau du parti. Et par rapport à cette procédure, j’ai déposé naturellement une demande de candidature agréée par le PNR. Mais je ne peux pas vous dire si je suis candidat ou pas à partir du moment où la commission ad hoc à l’interne au niveau du PNR ainsi que le bureau politique national n’ont pas encore pris de décision conformément aux statuts. J’attends donc, que suivant les critères qui sont établis au niveau de notre parti, le choix soit fait, le statut soit respecté pour savoir si le parti portera son choix sur ma modeste personne ou sur un autre camarade. 

3- M. le ministre, une ordonnance du président de la transition, général Sékouba Konaté rendu public, il y a trois jours, demande aux potentiels candidats de se manifester 40 jours avant la date du scrutin. Ne seriez-vous pas en retard ?

Bouba Barry: Je crois que 40 jours avant le scrutin ça doit correspondre à peu près au 17 de ce mois, c’est-à-dire le lundi et aujourd’hui nous sommes mardi. J’estime que nous avons une semaine encore. Et d’ici là, les procédures internes au niveau du parti seront totalement épuisées et à la date indiquée, le parti s’il va aux élections présidentielles désignera son candidat.

4- M. Barry, les anciens ministres ou commis de l’état si vous voulez, ne font pas bonne presse dans le pays. On dira toujours « Paul a fait ceci, Pierre a fait cela », bref on trouve en eux des bandits à col blanc. Ceci étant, votre passage au gouvernement plaide-t-il en votre faveur à la présidentielle du 27 juin ?

Bouba Barry: Plaider en ma faveur ou pas, je crois que c’est aux populations, aux citoyens guinéens d’apprécier. Je suis guinéen, je n’ai pas fait de choix particulier par rapport à mon destin. A un moment donné de mon existence, le Seigneur a bien voulu, à travers certains hommes, me choisir pour assurer un certains nombre de responsabilité avec des objectifs précis. Je pense avoir fait plus ou moins ce qu’on m’a demandé et il appartient aux populations, à mes compatriotes d’apprécier ce que j’ai fait si c’est positif ou négatif.  

5- Quelles réalisations mettez-vous à votre actif ?

Bouba Barry: Principalement, ce sont les grands travaux d’infrastructure et d’aménagement sur Conakry et l’intérieur du pays. Des travaux de désenclavement, d’aménagement de voiries urbaines, de remise à niveau, des travaux de désenclavement des quartiers urbains. Au niveau de l’habitat, ce sont des travaux de remise à niveau et des textes réglementaires par rapport à l’exercice de la profession, la réglementation dans le secteur de la construction, initiation d’un programme de construction de 120 logements avec des promoteurs privés. Au niveau du patrimoine bâti public, il a fallu faire le recensement complet du patrimoine de l’Etat, informatiser le système de gestion du patrimoine de l’Etat afin de générer le maximum de ressources dans le but de fonder ou mettre en place un fonds d’entretien du patrimoine de l’Etat. A Conakry, Boké, Labé, Mamou, Kankan, N’zérékoré et ailleurs. Ce sont là quelques grands axes de notre passage à la tête du département chargé de la construction, de l’aménagement du territoire et du patrimoine bâti public.

6- Que répondez-vous aux gens qui soutiennent que vous roulez pour le président du conseil national pour la démocratie et le développement, le capitaine Moussa Dadis Camara ?

Bouba Barry: Ecoutez, c’est une question récurrente. Il est important de savoir quelles sont mes relations avec le Capitaine Dadis. J’ai dit tout à l’heure que c’est le destin qui a voulu que je me suis retrouvé dans une certaine position, un certain moment. Le président du CNDD et moi, nous nous connaissons depuis plus de 30 ans. On a passé des moments extrêmement forts ensemble. C’est un ami, je ne peux pas le nier. Avant qu’il ne soit président de la république, il était mon ami. Pendant qu’il est président, il est mon ami. Après qu’il ne sera plus président, il restera mon ami. C’est fondé sur des relations humaines, sur un certain nombre de vertus et de valeurs et je ne sais pas pourquoi partout on voit que je roule pour le capitaine ou que je roule pour tel ou tel. Je roule pour un idéal que je défends et dans lequel je me sens bien avec un ensemble de jeunes cadre qui estiment que nous avons un grand rôle à jouer dans ce pays en tant que intellectuels, en tant que jeunes et nous nous battons pour cet idéal-là. 

7- Dans le procès des présumés narcotrafiquants, l’ancien ministre que vous êtes a été cité à la barre par un des comparants en l’occurrence, Mamady Kallo. Nous ne savons pas si vous en êtes au courant. Si oui, qu’en est-il exactement ?

Bouba Barry: J’ai écouté aussi à la télévision les propos de Kallo comme vous. Mais je pense qu’il est important de rétablir les choses dans leur contexte. Il est vrai que j’ai été architecte de la société GPG-I qui est une société de promotion immobilière où je crois savoir que Kallo était actionnaire majoritaire et j’ai été architecte de cette société immobilière de façon tout à fait fortuite.

Vous savez, quand le gouvernement Kouyaté, Premier ministre sous le régime du général Lansana Conté et actuel président du parti de l’espoir pour le développement national, PEDN) a été mis en place, un programme pilote a été initié dans le secteur de l’habitat et du logement pour la construction de 200 logements à travers le ministère des travaux publics, de l’urbanisme et de l’habitat.

Et pour l’élaboration de ce programme, le gouvernement avait lancé un avis d’appel d’offres national, un concours national d’architecture et mon cabinet qui s’appelle BAAD, Bureau d’architecture, d’aménagement et de construction a soumissionné. Et fort heureusement, nous avons été retenus avec trois autres sociétés sur cet appel d’offres.

Mon cabinet BAAD a été lauréat sur le site de Matam. Le cabinet Baec, sur le site de Nongo. Le cabinet Carig, sur le site de Kobayah et le cabinet archi 3 D, sur le site de Sandervalia, dans la Commune de Kaloum.

De quoi s’agissait-il ? Il s’agissait de faire un programme pilote de logements de moyen standing et de standing ainsi que de logements collectifs avec des équipements d’accompagnement pour permettre aussi au département (ministère) de pouvoir initier d’autres programmes de cette envergure.

Moi, j’étais donc, sur le site de Matam avec comme promoteur Nana Kourouma. Lors de l’élaboration de ce programme avec le ministère de l’habitat, le ministère a cherché à mettre en place une structure coopérative, c’est-à-dire, une organisation qui regroupe des opérateurs économiques ayant un certain nombre de moyens et qui sont intéressés à la promotion immobilière. Ces opérateurs économiques se sont organisés en structure dirigée par M. Boubacar Kéita qui est à la banque islamique. A leur niveau, ils se sont répartis en fonction de leurs moyens et des ambitions qu’ils ont par rapport au programme sur les différents sites.

Par la suite, puisqu’il y a une coordination de 200 logements qui a été créée au département des travaux publics et de l’aménagement du territoire, présidée par l’ancien Secrétaire d’Etat aux travaux publics, l’architecte Mamady Kallo qui était en même temps le président de l’ordre national des architectes de Guinée, a aussi décidé de procéder à un aménagement du site du centre émetteur de Kipé. Sur le site du centre émetteur de Kipé, une partie a été octroyée à la société Laïco pour la construction d’un hôtel de grand standing, une partie à une société sénégalaise avec un système de troc pour un investissement sur 10 villas revenant à la Guinée et un hôtel de trois à quatre étoiles, si mes souvenirs sont bons et la troisième partie a été morcelée et aménagée au profit des ces mêmes promoteurs immobiliers.

Donc, la coordination du projet, dans l’analyse de ce qui doit être fait, a choisi les plans lauréats de notre cabinet et nous ont demandé à ce que nous puissions travailler avec une société immobilière qu’ils ont choisie sur le site pour exécuter ces programmes. C’est ainsi qu’on m’a mis en contact avec la société GPG-I à travers son directeur général M. Chérif avec lequel nous avons revu les plans pour les adapter au contexte ou aux contraintes financières qu’il avait de pouvoir les faire. Voilà un peu comment la relation s’est créée avec Kallo par rapport au programme. Et lorsque la coordination a mis ses relations de travail avec nous, nous avons eu deux ou trois séances de travail avec Mamady Kallo. Je suis venu, je crois deux ou trois fois au siège de GPG-I au marché Niger. Et c’est là que j’ai rencontré M. Kallo que je ne connaissais pas, avant. Et c’est à partir de là que nous avons tissé des relations dans le cadre de ce programme. Nous avons conçu les plans que nous leur avons transmis et ils ont commencé leur programme par trois villas témoins qui sont encore sur le site de Kipé. Voilà les relations qui nous ont liés.

Le fait que j’étais architecte, l’architecte Mamady Kéita qui est aussi l’ancien président des architectes de Guinée, ils ont demandé à ce que nous travaillions avec une société qui évolue sur le terrain. C’est ainsi qu’ils nous ont mis en contact avec le directeur général de la société. Nous avons demandé qu’on nous mette en relation avec la société GPG-I et on ma mis en contact avec le directeur de cette société M. Chérif. C’est ainsi que j’ai fait la connaissance de Mamady Kallo qui, comme je l’ai dit plus haut, était actionnaire majoritaire.

8- Au delà du cadre de travail, concrètement est-ce que vous avez des relations particulières avec M. Kallo ?

 Bouba Barry: Je ne sais pas pourquoi il m’a cité dans le procès des présumés narcotrafiquants. Mais en réalité, je ne pense pas qu’on parle de logements même s’il y a des saisies des biens immobiliers. Je ne connaissais pas Kallo avant le programme des 200 logements. Je n’ai pas eu de contact particulier ou de relations particulières avec lui ou de relations de quelque nature que ce soit par le passé avec Kallo. Je n’ai rien d’autre construit ou surveillé pour lui. Je ne suis intervenu dans l’environnement de Kallo que par rapport au projet officiel des 200 logements. Quand j’entends dire quelque part, que j’ai dû peut être contribué à l’identification de ses biens de quelque nature que ce soit, je m’inscris en faux. Je n’ai participé à aucune commission, en tant que ministre en charge du secteur. Je n’ai été saisi par aucune lettre me demandant de participer à quelque inventaire ou à une identification des biens de Kallo. Je n’ai commis personne. Aucun de mes cadres n’a participé à ce niveau. Et j’ai suivi, comme tout un chacun, tout ce qui se passait au niveau du ministère d’Etat chargé des services spéciaux, de la lutte anti drogue et du grand banditisme. Donc, ni de près, ni de loin, je n’ai contribué ou participé à une enquête. Je n’ai pas non plus fait d’inventaire. Je ne connais pas les biens de Kallo. Je dis et je répète que j’ai travaillé avec une société de promotion immobilière, la société GPG-I qui est régulièrement installée en Guinée et dans le cade officiel tendant à promouvoir le logement en Guinée. 

 9- Est-ce que vous avez été saisi par une convocation de la justice puisque, le procès suit son cours?

Bouba Barry: Non, non ! Je n’ai pas été saisi par la justice. J’ai écouté comme tout le monde les déclarations de Kallo et maintenant si on a besoin que je donne des explications par rapport à ça, je suis disponible, il n y a pas de problème. 

Je vous remercie

Propos recueillis par Jules Diomandé, correspondant de guinee24.com

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Saadou Nimaga, Rapporteur du Comité Interministériel de Renégociation des Conventions et Accords Miniers (CIRCAM) à GUINEE24

« Nous avons réussi par notre travail à faire accepter le principe de la renégociation. Le plus important est de faire le travail suivant une méthode sur laquelle notre conviction est inébranlable », affirme Saadou Nimaga, Rapporteur du CIRCAM.

Saadou NIMAGA est juriste, titulaire d’une maîtrise de droit privé de l’Université de Conakry (1997) et ancien employé d’un projet éducatif financé par l’USAID. Ce brillant cadre guinéen est recruté au Ministère de l’Economie et des Finances en 1998 à la suite d’un concours ouvert aux meilleurs étudiants en droit, en économie et en gestion sortis des universités guinéennes de la période 1991 à 1997. Major de ce groupe de jeunes recrues envoyées à Ouaga (Burkina Faso) pour une formation initiale à l’Ecole Nationale des Régies financières (ENAREF), il est affecté au Service juridique du Ministère de l’Economie et des Finances, un service relevant du Cabinet du Ministre. A la suite d’un concours, il réussit à suivre, entre 2002 et 2003, le Cycle International d’Administration Publique (CIAP) de l’Ecole Nationale d’Administration (ENA) de France, puis le DESS Administration et Gestion Publique de l’Université de Paris II Panthéon Assas. En 2006, ce diplômé de l’ENA de Paris, obtient à l’Ecole Nationale Supérieure des Mines de Paris, le DESS d’Administration Publique des Mines.

Aujourd’hui, il est membre et rapporteur du Comité Interministériel de Renégociation des Conventions et Accords Miniers (CIRCAM) mis en place par le Gouvernement de Lansana Kouyaté en juin 2007.

Notre rédaction l’a contacté pour parler avec lui justement du processus de renégociation toujours au centre d’un débat aussi intéressant que passionnant, mais aussi de bien d’autres questions telles que les reformes entreprises au Ministère des Finances et au Ministère des Mines. Il nous a donné également son impression sur l’ouvrage de l’ancien Ministre des Mines intitulé : « l’avenir du secteur minier guinéen ». Mais, pour Saadou NIMAGA, cet ouvrage devrait s’appeler dans le meilleur des cas : « le passé du secteur minier guinéen selon Ibrahima SOUMAH et recueil d’interviews ». Entretien très décontracté:

GUINEE24 : Bonjour Monsieur NIMAGA

Saadou NIMAGA : Bonjour Monsieur et merci de me donner l’opportunité de m’exprimer sur votre site.

GUINEE24: Merci aussi d’avoir accepté de vous prêter à nos questions. Nous savons que le Gouvernement a mis en place un comité de renégociation des conventions minières. Vous êtes membre et rapporteur de ce comité. Depuis votre passage remarqué à la télévision nationale, on n’a plus entendu parler de vous. Pouvez vous nous dire tout d’abord ce que c’est exactement le comité de renégociation ?

Saadou NIMAGA : Bien sûr que je peux vous le dire et avec beaucoup de plaisir et d’intérêt. Le Comité Interministériel de Renégociation des Conventions et Accords Miniers existe depuis juin 2007, plus précisément le 07 juin. Il comprend 14 membres venus de la Primature, du Ministère des finances, du ministère des mines, du ministère de l’environnement, du ministère de la justice, du ministère du Contrôle économique et financier, de la société civile et des syndicats. Il faut noter que dans la mesure où la révision était déjà inscrite dans les accords tripartites qui ont mis fin à la crise sociale qu’a connue notre pays, elle s’imposait d’office au Gouvernement. Et c’est sans doute pour cette raison mais aussi pour d’autres que le PM l’a inscrite parmi ses priorités citées dans son discours d’orientation. Le Ministre sectoriel, à savoir celui en charge des ressources minérales, n’avait d’autre choix que de passer à la phase opérationnelle en mettant ce comité en place, et ce, dès sa prise de fonction.

GUINEE24: Quelle mission exacte lui fut assignée et quel bilan pouvez vous faire de votre travail depuis donc juin 2007 ?

Saadou NIMAGA : Les missions assignées à notre comité se déclinent essentiellement en trois points. Il s’agit, premièrement, d’identifier les faiblesses dans les 13 conventions qui se trouvent dans notre portefeuille. En second lieu, nous devrions présenter au gouvernement les faiblesses constatées. Enfin, discuter avec les sociétés des faiblesses qui auront été reconnues comme telles à la suite de la présentation faite au Gouvernement. S’agissant de bilan, dès que le Ministre des Mines a pris fonctions, il a mis en place des commissions techniques internes spécialisées par minerai. Il y avait une commission Or, une commission Pétrole, une commission Diamant, une commission Bauxite, une pour l’Alumine, une pour le Fer et une pour le Ciment. Ces différentes commissions ont produit leurs rapports sur les conventions relevant de leur domaine, avant même la mise en place du CIRCAM. Ainsi, notre premier travail fut de recevoir ces différentes commissions sur la présentation de leurs rapports. Nous nous sommes donc fait notre conviction sur chacun de ces rapports en retenant les points sur lesquels, nous estimons que les observations de la commission technique sont bien fondées. Nous avons par la suite commencé notre travail d’approfondissement sur le contrat de partage de production d’hydrocarbures signé en 2006 et l’annexe C à la convention de la CBK qui avaient été transmises récemment au Gouvernement par l’Assemblée nationale. Nous avons déjà produit un rapport sur ces deux textes qui a été validé par le Gouvernement. Il ne nous reste qu’à signer le contrat avec notre conseil dont le recrutement nous pris beaucoup de temps compte tenu de la nécessité du respect de la procédure prévue au Code des marchés publics. Néanmoins, tout est terminé, il ne reste qu’à signer le contrat avec ce cabinet qui a une très grande réputation. Les négociations devraient commencer donc très bientôt avec ces deux sociétés. Parallèlement, le Comité a travaillé et continue de travailler sur les autres conventions et nous avons presque terminé notre rapport sur le dossier le plus complexe qui est celui de FRIGUIA. Je ne pourrai malheureusement rien vous dire de consistant là-dessus maintenant et je sais que vous me comprendrez car, nous sommes tenus à ce stade de garder le secret surtout avant de rencontrer le Gouvernement et de lui présenter notre rapport. D’autres conventions également ont fait l’objet d’études préliminaires mais les rapports ne sont pas encore terminés. Enfin, face à des compagnies très organisées qui, au départ, se sont complètement opposées au principe de la renégociation, nous avons élaboré la stratégie bien sûr très confidentielle du comité. Et je pense que cette stratégie s’est avérée payante car aujourd’hui, le principe de la renégociation est accepté par toutes les sociétés. Ce qui n’était pas évident au départ.

GUINEE24 : Justement, en termes de stratégie, certains estiment que la méthode utilisée pour la renégociation est contestable et qu’il serait plus intéressant de commencer par revoir les différents codes. Que pouvez vous répondre à ceux-ci ?

Saadou NIMAGA: C’est vrai, depuis que nous avons commencé les travaux, nous avons déjà entendu beaucoup de critiques. Mais, j’ai été effectivement heureux de lire dans un article signé du correspondant de l’AFP basé à Dakar qui m’avait rencontré, que la renégociation est acceptée dans son principe. Je pense que c’est un très grand progrès par rapport au début de nos travaux. Quelle que soit la méthode utilisée, il y aura des critiques. Le plus important est de faire le travail suivant une méthode sur laquelle notre conviction est inébranlable.

GUINEE24: La question de savoir entre les textes et les conventions, que faut il revoir en première position ressemble au débat qui consiste à se demander entre l’œuf et la poule qu’est ce qui vient avant l’autre.

Saadou NIMAGA : Ce genre de propos vient de ceux qui n’ont plus d’arguments techniques. En effet, il s’agit d’un vieux débat d’école qui partage deux positions conceptuelles. La première position est celle tirée de l’approche anglo-saxonne qui veut que les textes juridiques doivent être la résultante d’une réalité vécue, d’un fait social et que ce soit eux qui s’adaptent à la réalité et non le contraire. Plus concrètement, étant donné que les conventions régissent les rapports entre l’Etat et les compagnies et que les codes et autres textes juridiques visent les mêmes objectifs, il peut être plus intéressant de négocier d’abord les conventions avant de faire des textes qui, s’ils sont élaborés avant, pourraient ne pas être adaptés à ce qui va être la nature véritable des rapports avec les multinationales. Je me dis d’ailleurs que notre problème a toujours été à ce niveau. Les conventions ont toujours été élaborées avec l’idée qu’elles doivent déroger au Code minier. Même si là aussi, les avis sont partagés entre ceux qui pensent que les conventions sont une dérogation naturelle au code et ceux qui estiment que c’est plutôt un complément, toujours est il que les dérogations sont souvent très graves dans certaines conventions guinéennes. L’autre position est celle francophone, à faire valoir dans les Etats jacobins, centralisés où l’on réglemente ou plutôt on tente de réglementer tout, où la bureaucratie domine. La vertu théorique de cette méthode de gestion et de management pourrait être la discipline, tout étant réglementé en amont. Mais le risque est qu’il n’est pas évident que tout puisse être prévu. Dans ce cas de figure les interprétations pourraient avoir trop de place dans la gestion pratique qui va suivre. En Grande Bretagne, il n’y a pas de constitution écrite, l’Habeas Corpus qui est un texte pas très intéressant cite un certain nombre de principes fondamentaux. Mais, je ne pense pas pour autant qu’il y ait des problèmes institutionnels dans ce pays. Cela dit, pour revenir à votre question il n’est pas indispensable de se condamner à attendre les Codes nouveaux, pour relire les conventions.

GUINEE24: Monsieur NIMAGA, dans l’article de l’AFP auquel vous faites référence, un ancien Ministre des Mines, Monsieur Ibrahima SOUMAH prétend que les conventions sont bonnes et qu’elles ont été signées conformément à la procédure. Il estime que le problème réside au niveau de la gestion des revenus miniers. Il craint que la révision ne décourage les partenaires. Qu’en dites-vous ?

Saadou NIMAGA : Oui, personnellement, il y a une chose que je ne comprends pas du tout. Depuis que l’on a parlé de relecture des conventions minières, on assiste à une série d’interventions de ce Monsieur, interventions souvent très incohérentes. Il oublie qu’il est très mal placé pour apprécier ce que lui-même a eu à faire. Qu’il laisse le soin à d’autres d’apprécier ce qu’ils ont fait. En raison du rôle qui a été le sien dans ce pays, je me dois de lui accorder tout le respect dû à un ministre ou un ancien ministre de la République. Mais, dans la mesure où il s’est engagé dans ce débat scientifique par rapport auquel j’estime qu’il est largement dépassé, je me sens dans l’obligation de donner mon point de vue. Je serais d’accord avec l’ancien Ministre s’il disait que l’un de nos problèmes se trouve être la mauvaise gestion des revenus miniers. Mais, je trouve dommage qu’il dise que les conventions guinéennes actuelles sont bonnes et qu’elles ont été négociées suivant les bonnes procédures. On peut bien le comprendre dans la mesure où, la sagesse de reconnaître ses propres faiblesses est une vertu rare. Les problèmes des pays miniers se trouvent à deux niveaux fondamentalement en ce qui concerne les revenus miniers. En premier lieu, c’est le problème de l’accès aux revenus. Cet accès passe naturellement par la négociation de bonnes conventions et la gestion rigoureuse de ces conventions. Cela implique les bonnes structures, un bon cadre juridique et des ressources humaines compétentes. En second lieu, c’est la bonne gestion des revenus. Mais, vous êtes d’accord avec moi que la qualité des conventions minières est la condition directrice. Quelles que soient les qualités humaines et intellectuelles des cadres qui gèrent les conventions après signature, si les conventions sont mauvaises, les cadres ne peuvent rien faire. Aussi, il faut faire remarquer que l’administration est une chaîne, si les cadres savent que les conventions sont négociées dans des conditions douteuses à travers des combines de leurs hiérarchies, ils chercheront à avoir leur part pendant la gestion des conventions. Au cours d’une réunion organisée en décembre passé à Lusaka en Zambie par la Banque Mondiale, la BAD et l’Union Africaine sur la gestion durable des ressources minières et pétrolières des pays africains, tous les participants se sont mis d’accord sur le fait que le problème essentiel reste la phase amont, c’est-à-dire l’élaboration de bonnes conventions. J’étais à cette réunion et tous les participants que j’ai rencontrés ont salué et apprécié l’idée de la renégociation des conventions minières entreprise en Guinée. Cet argument qui veut que les opérateurs pourraient être découragés n’est qu’une fuite en avant. La relecture fait partie de la vie normale d’une convention. Si une convention ne donne pas cette possibilité, elle est en cela même léonine. Aucune convention ne peut être d’une intangibilité absolue. Si un investisseur quitte parce qu’une disposition de son contrat est dénoncée par son cocontractant étatique, ce n’est pas un bon investisseur. S’il est vrai que nous n’avons pas suffisamment de revenus miniers, oser affirmer publiquement que les conventions minières guinéennes sont bonnes et ont suivi les bonnes procédures et que tout le problème se trouve au niveau de la gestion des revenus, cela n’est pas synonyme d’honnêteté intellectuelle. Je voudrais faire remarquer qu’il est plus facile aujourd’hui de gérer et chercher à comprendre la traçabilité des revenus miniers à travers l’initiative Blair, c’est-à-dire l’Initiative de transparence des industries extractives que de faire des bonnes conventions. Le problème fondamental est donc en Guinée, celui d’avoir des conventions équilibrées qui garantissent à l’Etat, des revenus suffisants.

GUINEE24: Pourtant, Monsieur Ibrahima SOUMAH est l’un des rares sinon le seul ancien Ministre à se prononcer sur ces questions et même à écrire un livre ?

Saadou NIMAGA : (rires) J’ai vu cet ouvrage publié avec fanfare et trompette. Je pense que le titre du livre trahit le contenu. Je vous invite à lire ce document. Vous y trouverez des interviews qui font plus de 60% du livre, la présentation des richesses minières de la Guinée et l’histoire de la découverte de ces richesses pour 20% environ. Le reste est consacré au vécu de Monsieur SOUMAH depuis qu’il a commencé à occuper des postes. Quand j’ai vu le titre « avenir du secteur minier guinéen » et lorsque j’ai découvert le contenu je me suis dit que je me trompe peut être de document. En revenant là-dessus, j’ai compris que c’est bien le même document. Je me suis donc dit que le meilleur titre devrait être certainement « le passé du secteur minier guinéen selon Ibrahima SOUMAH et recueil d’interviews ». L’ouvrage ne fait aucune étude prospective et aucune analyse sur ce qui devrait se passer dans cinq ans, dans dix ans ou plus. Aucun conseil pertinent non plus sur des mesures à prendre. A mon avis, écrire l’expérience d’une génération ou d’une personne dont la gestion est fort contestable ne sert pas à grand-chose. Sauf, peut être, à éviter les erreurs de cette génération ou de la personne dont la gestion de nos ressources n’a pas été à la hauteur des attentes des populations. Monsieur SOUMAH n’est pas, à mon avis, le meilleur conseiller pour le CIRCAM et le meilleur avocat pour défendre les intérêts de la Guinée.

GUINEE24: Vous êtes au service juridique du Ministère de l’Economie et des Finances ! Vous avez certainement vécu des changements depuis la mise en place du Gouvernement de consensus…

Saadou NIMAGA : Je reconnais que je suis dans un service où il est facile de sentir des changements importants dans la gestion des affaires publiques. C’est un service à vocation transversale dans un ministère transversal. Je constate au niveau de mon service où nous recevons tous les projets de marchés publics que les marchés de gré à gré ont beaucoup baissé en nombre contrairement à ce que je lis dans la presse. Si aujourd’hui, quelqu’un pouvait faire la statistique des marchés signés suivant la procédure dérogatoire avec ou sans autorisation, on se rendrait compte qu’il y a une baisse drastique. Et je pense que cela est très important. Moi qui suis impliqué dans le processus de signature des contrats préparés par les ministères techniques et transmis au Ministre pour signature, je suis surpris souvent de lire qu’il y a plus de marchés de gré à gré car je sais que c’est exactement le contraire qui est la réalité. Aujourd’hui, à mon niveau, c’est avec beaucoup de joie que je constate ce fait. Ensuite, aucun marché n’est signé s’il n’y a pas de crédits réservés et d’inscription budgétaire. Nous avons rejeté beaucoup de marchés provenant même des ministères jugés de souveraineté depuis la prise de fonctions de l’actuel ministre des finances par ce que les dépenses concernées n’étaient pas dans les plans de passation et n’étaient pas prévues au budget. Aussi, il y a la procédure de paiement des dépenses. Actuellement, les dépenses extrabudgétaires ont presque disparu du jargon des finances. De même, il y a cette mesure qui veut que les engagements se fassent sur la base des encaissements effectifs. Cela a permis d’apprécier la position nette du Trésor vis-à-vis de la Banque Centrale. Du côté des Mines, le Ministre s’est attaqué à un système qui était déjà rôdé et qui avait du mal à croire qu’il existait un autre style de gestion. Il a réussi à identifier les cadres compétents sur lesquels il s’est reposé pour commencer ses réformes car il faut reconnaître que ce ministère comprend beaucoup de cadres qui ont une bonne formation académique et une longue expérience. Certains d’entre eux sont très ouverts aux reformes. En plus de la révision des conventions minières, le ministre avec des cadres du Ministère, a travaillé sur l’assainissement du cadastre minier. Des permis qui gelaient nos ressources, ont été retirés et d’autres le seront encore car le travail de la commission continue. Aussi, le Ministre a mis an place des commissions chargées de réviser les différents textes, Code minier, textes d’application du code minier, conventions minières dont une pour l’exploration et l’autre pour l’exploitation, code pétrolier, contrat type et décret d’application du Code pétrolier. Le Ministre des mines s’intéresse aussi à la maîtrise de l’exploration par les cadres car souvent, en période d’exploration les administrations ne s’intéressent pas à la phase amont. Or, les dépenses effectuées en cette période sont prises en compte et amorties. C’est souvent ce qui fait que certaines sociétés depuis des années d’exploitation ne payent rien comme impôt sur le bénéfice car elles surévaluent ces dépenses. Le Ministre veut aussi qu’un accent soit mis sur le rôle du secteur minier dans le développement durable et une meilleure gestion environnementale des sites miniers. Il y a ici et là des reformes qui sont en cours dont certaines pour avoir leur effet concret, prennent du temps. C’est le cas de l’inflation qui est stabilisée plus ou moins. Mais, il faut du temps pour que les agents économiques croient à cette stabilité. Pour que les prix baissent. Et cela peut durer. Ce qui est plus difficile pour un opérateur, c’est l’instabilité et l’incertitude qu’elle crée chez lui.

GUINEE24 : Etes vous au courant que l’ambassadeur des USA est allé rencontrer le Ministre des Mines à propos de Hyperdynamics ?

Saadou NIMAGA : J’ai appris cela. Je ne suis pas du Ministère des mines et par conséquent, je ne suis pas censé être présent aux audiences du ministre. J’ai simplement appris que l’ambassadeur s’est étonné du comportement de cette société pour laquelle, faut-il préciser, il ne s’est pas déplacé spécialement et qu’il aurait dit qu’elle n’est pas une digne représentante des sociétés américaines car, celles-ci sont respectueuses des lois et autorités des pays de leurs interventions. Il aurait dit que depuis lorsqu’il était au département d’Etat, Bureau Afrique de l’ouest, il a demandé à cette société de se plier aux exigences du gouvernement. Il s’est étonné de la position de SCS Corporation à vouloir faire du forcing.

GUINEE24 : N’avez-vous pas peur pour votre sécurité, vous et vos collègues ?

Saadou NIMAGA : J’ai déjà répondu à cette question qui m’a été posée par un de vos confrères. Je lui avais dit que je ne pense pas que la solution soit pour une société de s’attaquer à nous, personnes physiques. C’est comme si quelqu’un cassait le thermomètre pour faire baisser la température. L’enjeu dépasse les questions de personne, de Ministre ou même du Gouvernement. C’est un problème national, qui transcende les conflits générationnels ou autres considérations subjectives. Les Guinéens veulent comprendre désormais comment leurs ressources sont gérées et ne se laisseront plus manipuler par des choses dont ils ne voient pas les traces. Personne ne peut plus prétendre les endormir. Si nous, nous sommes victimes de quoi que ce soit, d’autres, peut être plus compétents, viendront nous remplacer. Ce serait donc la solution la plus idiote de s’attaquer à nous.

GUINEE24 : Croyez vous vraiment aux chances de ce processus de renégociation ?

Saadou NIMAGA : J’avais également eu à me prononcer sur cette question et à plusieurs occasions. Je n’ai aucune raison de douter de la réussite du processus car il s’agit d’un travail historique. Il y a des évènements qui résistent à tout. Personne ne pouvait croire à un moment donné que l’apartheid allait finir en Afrique du Sud. Nous ne pouvons pas ne pas réussir une épreuve d’une envergure bien mineure et trop petite par rapport à cela. Nous réussirons par ce que nous sommes sur le bon chemin. La renégociation est inscrite dans les accords tripartites et de ce fait résulte donc d’un mandat populaire. Personne ne peut s’y opposer. En outre, notre objectif n’est pas d’enterrer les sociétés mais c’est surtout de discuter avec elles des clauses léonines que contiennent certaines conventions. Nous ne pouvons pas de façon aveugle vouloir inverser des choses s’il s’agit de clauses classiques. Mais nous nous battrons contre les clauses qui n’existent qu’en Guinée et qui constituent une triste particularité guinéenne. Et dans cet exercice, nous comptons sur la compréhension des partenaires qui, également, à l’occasion auront à développer leurs arguments et à poser les problèmes qui sont les leurs et dont la solution viendrait de la Guinée. Mais que tous se détrompent ! Si nous reconnaissons qu’il y a des conventions qui ont moins de problèmes, il y en a d’autres qui contiennent des clauses qui doivent être renégociées que ce soit maintenant ou plus tard car, elles sont inacceptables ! Pour cela, la Guinée est prête à payer le sacrifice qu’il faut ! Nous avons des membres compétents au sein du Comité, un Ministre et tout un Gouvernement engagés qui nous apportent leur soutien.

GUINEE24: Avez-vous un message particulier à faire passer ?

Saadou NIMAGA : Je voudrais demander aux guinéens de soutenir le processus de renégociation des conventions minières car notre développement peut venir facilement du secteur minier car l’expérience démontre qu’une économie tirée par l’industrie minière se développe rapidement. Il est donc important que sur cette question, nous réussissions à privilégier l’intérêt national en soutenant cette initiative qui consiste à revoir les conventions qui, au lieu de nous donner des revenus, nous appauvrissent.

Propos recueillis par Almamy Kalla Conté

E-mail : moriahconte@yahoo.fr

Tél: 00224-64-26-13-70

Exclusivité: Première grande Interview de Madame Kouyaté Fanta Condé, Présidente d’ASNAVIE, épouse de Lansana Kouyaté

C’est la première grande interview de Madame Kouyaté Fanta Condé, épouse du Premier Ministre de Consensus, Présidente de l’ONG ASNAVIE avec une presse privée. Sans rendez-vous, c’est à l’improvise que la rédaction de Guinee24 a, sans aucune tracasserie protocolaire, réussi, au rond point d’Hamdalaye où, son ONG est à pied d’oeuvre, à recueillir les propos de celle qui partage sa vie avec l’homme du 26 Février, actuel locataire du Palais de Boulbinet. Entretien exclusif :

Guinee24.com: Madame Kouyaté, merci de nous avoir accordé un peu de votre temps précieux ici au rond point de Hamdallaye et en pleins travaux. Depuis quelques temps notre rédaction a voulu entrer en contact avec vous relatif à vos activités du moment à travers votre ONG ASNAVIE, dont tout le monde loue l’initiative et apprécie la transformation graduelle des artères et ronds-points de la Capitale. Compte tenu, certainement, de votre calendrier chargé, nous n’avons pu prendre contact plus tôt. Madame, d’où il vous est venu l’idée d’une telle initiative ?

Madame Kouyaté Fanta CONDE : Merci Monsieur de votre visite inattendue et à un endroit aussi inapproprié pour ce type d’interview. Néanmoins, on va faire avec. D’abord, je ne suis pas difficile d’accès puisque vous m’avez trouvé. Certainement, vous n’avez pas mes contacts téléphoniques. Sinon, je ne suis pas difficile d’accès. Depuis le lancement des activités de l’ONG ASNAVIE je suis tous les jours sur le terrain en compagnie des ouvriers et des jeunes volontaires, et ce, jusque tard dans la journée. Tous les jours. Concernant l’initiative de la création de l’ONG ASNAVIE, comme je l’ai dit tantôt aux micros de vos confrères, l’idée m’est venue depuis un long moment déjà lorsque nous étions à l’étranger. De par notre position sociale et en tant qu’épouse d’un Diplomate, j’ai eu l’honneur et le privilège de côtoyer les épouses des Chefs d’état et de Gouvernement de ces pays où nous avions servi. De l’Egypte, où nous sommes très proches du couple Boutros-Ghali, à New York, Abuja, Nairobi et à Abidjan. Ces différents pays ont priorisé la culture de l’environnement et ont une certaine longueur d’avance sur le nôtre. Et puisqu’à la faveur du changement qui a vu, grâce à Dieu, à la volonté populaire et au Président de la République, mon époux être nommé comme Premier Ministre, Chef du Gouvernement de consensus pour une sortie de crise heureuse pour la Guinée, dans le cadre de ce changement donc, quoi de plus naturel que d’apporter un peu à ce processus. D’où la matérialisation de l’idée reçue ailleurs pour la transposer dans mon propre pays. C’est un rêve que j’ai toujours nourri. Les souvenirs de ma jeunesse du temps où l’on disait de Conakry la perle de l’Afrique de l’ouest me hantent et je ferai de mon mieux, avec le concours des épouses des membres du gouvernement et les personnes ressources de bonne volonté, pour l’image de notre Capitale et pour les grands centres urbains de notre pays. Le changement ne saurait être que l’affaire du gouvernement dirigé par le Premier Ministre. C’est toutes les guinéennes et tous les guinéens qui doivent s’y mettre pour que l’on arrive à l’idéal. C’est ce que nous, avec ASNAVIE, tentons de faire. C’est notre participation au changement. ASNAVIE a été créée le 03 octobre en Assemblée générale constitutive et la cérémonie de lancement a eu lieu à Matoto le 19 du même mois d’Octobre et depuis, nous sommes à l’œuvre bon an, mal an.

Guinee24.com : Madame Kouyaté, certaines sources font dire que vous avez une position de prédominance par rapport à la position de votre époux, Monsieur le Chef du gouvernement et que vous bénéficiez des subventions de l’Etat. Qu’en dites vous et de quoi cela retourne ?

M.K.F : C’est vous qui me l’apprenez. Je suis ici sur le chantier au plein cœur de Conakry où je vois et reçois pas mal de compatriotes de différents horizons. Jamais personne ne m’a soufflé ce que vous dites là. Cela est possible aussi dans ce pays, notre pays où toutes les bonnes volontés et bonne foi sont cousues de fils blancs dans le seul but de nuire à la réputation et à la crédibilité. Pour la petite histoire, courant septembre, dans mes exercices de marche dans les allées des villas des cités des Nations-Unies, l’idée m’est venue de rendre une visite de courtoisie à Monsieur le président de la République que j’ai effectivement rencontré ce jour par bonheur. Je lui ai exposé mon idée de création de l’ONG. En retour, il m’a encouragé et prodigué des sages conseils en ces termes : « Ne jamais laisser faire à ma place les travaux de l’ONG. Ne jamais écouter les propos sordides puisque les gens feront tout et diront tout pour me décourager. Il est membre premier de l’association et contribuera une fois qu’il me verra à l’œuvre ». Ces propos du Premier responsable du pays sont pour moi un blindage supplémentaire face aux éventuels détracteurs qui ne veulent pas changer et se contentent de l’immobilisme. Vous savez aussi bien que moi, que les organismes ne financent pas les « mamayas ». Seul le concret vaut. Vous pouvez, et cela est nécessaire, pour éclairer votre religion, interroger les services des Finances pour voir s’il existe une ligne ASNAVIE. Non monsieur, ASNAVIE ne saurait être financée par le gouvernement. C’est d’ailleurs l’occasion pour moi de vous dire que les premiers financements sont propres à nous. Après plus d’un quart de siècle passé dans les hautes sphères de la diplomatie mondiale, je pense, sans fausse modestie, que nous méritons de vivre à l’abri du besoin primaire. Nous ne sommes pas venus à la politique en parent pauvre. Dieu soit loué ! Si d’autres fonctionnaires locaux sont réputés nantis et se permettent tout sans que cela n’émeuve, que dire de nous autres, qui avons, grâce à Dieu et à la Baraka, franchi le summum fonctionnariat. Cela n’est que le fruit de l’imagination des adversaires du changement qui pensent que tout le monde est comme eux qui vivent accrochés aux ressources publiques. Depuis le lancement de nos activités, nous sommes assistés par des dons divers de nombreux amis de la nature. Avant notre retour au Pays, nous avions investi dans les engins divers de BTP et qui sont exploités par nos frères restés en place. Cette logistique sert beaucoup dans les travaux de l’ONG. A part Bambetto où les jeunes volontaires ont voulu nettoyer les caniveaux situés à la station d’essence et qu’ils ne pouvaient pas soulever les grosses dalles en place, l’on a recouru, et c’est normalement leur devoir, au concours des TP. Sinon, ni gouvernorat ni autre service concernant l’Etat n’est impliqué dans ASNAVIE. Si ce que vous avancez avait un fondement, le processus de changement n’ayant pas que des amis, les autres ne se seraient pas privés de monter au créneau. Hier, à la même place, confronté à une crise momentanée d’eau, notre jardinier a eu à arraisonner un camion citerne des sapeurs pompiers, nous avons dû payer comptant et cela peut être vérifié. Donc, une ONG ne vit pas des caisses de l’Etat et ASNAVIE ne fera pas exception. Rassurez vous ! Ce genre de propos n’est qu’une réaction épidermique des personnes envieuses de notre initiative. Nous ne faisons que contribuer au processus de changement. Aussi, je profite de l’occasion pour dire que l’ONG ASNAVIE n’a pas la prétention de tout faire. Elle ne saurait et ne pourrait le faire d’ailleurs. Il y a tellement à faire dans ce domaine d’environnement, qu’il y a de la place pour tout le monde. Il suffit d’aimer et d’avoir la bonne volonté. ASNAVIE n’est venue prendre la place de personne. ASNAVIE est déjà en collaboration avec d’autres ONG’s de la place engagées pour les mêmes objectifs. Nos détracteurs peuvent claironner, hurler ou rougir de jalousie. C’est leur droit. A ASNAVIE, nous accompagnerons nos époux au service des Guinéens, pour un bonheur pour tous. Aucune diffamation ne nous détournera de cet objectif par la grâce de Dieu et de la volonté populaire. Avant ici, nous avons vécu de toutes les couleurs au service des gestions des grands conflits de diverses origines. Ce n’est donc pas dans le pays de nos ancêtres que l’on va nous intimider. Chacun à travers ses parents à contribuer à défricher le champ de l’indépendance.

Guinee24 : Pourquoi avoir choisi une marraine, de surcroît Madame Henriette Conté, Première Dame ?

M.K.F : La Première Dame est connue de moi depuis longtemps. Nous entretenons des rapports courtois. Elle nous a de tout temps, mon mari et moi soutenu et respecté. Ce que nous rendons bien en retour. Quoi, à mon avis, de plus normal et naturel de lui faire partager mes initiatives en lui accordant une place prépondérante dans le cadre des activités de ASNAVIE. C’est ce que j’ai voulu et accompli sans plus ni calcul.

Guinee24.com : Nous sommes en pleine session budgétaire, les élus du peuple toutes tendances confondues ont eu à féliciter et à encourager ASNAVIE. En êtes vous fière ?

M.K.F : Bien sûr. La femme adore les compliments. Je n’étais pas en place. Mais, on me l’a appris. Venant des députés de la République, cela me va droit au cœur et je profite de notre entretien pour leur remercier sincèrement. Leurs soutiens me réconfortent à plus d’un titre et m’encouragent à redoubler d’efforts dans le cadre du programme ASNAVIE. En plus du soutien des jeunes de la Tannerie, de Bambeto et à présent d’Hamdallaye 1, 2, et 3, celui des élus du peuple me comble de joie.

Guinee24 : Madame Kouyaté, quelles sont vos perspectives ?

M.K.F : Que Conakry retrouve son nom de perle d’Afrique de l’ouest où il fait bon vivre. Etendre aux grands centres urbains du Pays, assister les femmes en milieu rural par l’apport des semences et des micro-credits dans le cadre de la réduction de la pauvreté qui est l’objectif du millénaire à savoir le développement durable… Tels sont les objectifs que l’ONG ASNAVIE s’est fixés.

Guinee24.com : Il est midi passé, vous devez certainement rentrer déjeuner et nous nous en excusons encore une fois pour cette visite inattendue. Nous souhaitons avoir tout de même votre dernier mot.

M.K.F : Pas besoin d’excuses. J’aime le contact. Vous ne me dérangez pas et je ne rentre pas déjeuner à la maison, sauf si le Maître des lieux rentre pour le déjeuner. Ce qui arrive rarement. Sans quoi, avec mon équipe nous sommes nourris aux sandwichs apportés par des passants anonymes. Puisse Dieu leur remercier. Le dernier mot, c’est de dire à nos compatriotes que l’heure est venue de progresser après un demi siècle d’immobilisme. S’aimer mutuellement, se tolérer, travailler pour sortir ce beau pays de la torpeur.

Guinee24.com : Merci Madame Kouyaté et bonne chance à ASNAVIE.

M.K.F : C’est moi qui vous remercie et je suis ici sans audience ni protocole.

Propos recueillis par Jean Leforestier, Correspondant de guinee24.com

« Il y a des traîtres dans les rangs de l’Inter-Centrale », dixit Dr Ibrahima Fofana

Guinee24.com : Il y a des blocages dans l’exécution des accords tripartites. Vous avez écrit au Président Conté pour que, conformément aux accords tripartites qu’il prenne le décret donnant le pouvoir au Premier Ministre de nommer aux emplois civils. A ce jour, rien n’en est. Que faut-il pour sortir de cet engrenage infernal ?

Dr Ibrahima Fofana : D’abord, il faut signaler que s’il y a des problèmes aujourd’hui, il ne faut pas rendre le gouvernement actuel responsable. Par rapport au blocage dont on parle, depuis la mise en place du gouvernement de consensus, la Guinée a une nouvelle structure gouvernementale qui n’a pas fait d’abord l’objet de restructuration. Et cela devait faire l’objet d’un décret que le Président de la République devait signer. Parce qu’on sait que plusieurs départements ont été regroupés dans plusieurs domaines. Le travail a été fait par le Gouvernement, mais le décret n’a pas été signé jusqu’à maintenant par le Président de la République. Face à ce blocage, l’Inter-Centrale a écrit une lettre au Président de la République. Quand il a nommé le Gouverneur et le Vice-Gouverneur de la Banque Centrale, on lui a dit que ce n’est pas lui qui doit nommer ces deux cadres là, d’autant plus que ce sont des cadres civils. C’est déjà une violation du protocole d’accords du 27 Janvier 2007. Et nous l’avons demandé à ce qu’il autorise désormais le Premier Ministre à procéder à ces nominations par décret. Ce qui n’a pas été accepté pour le moment. C’est là où, nous en sommes. C’est pourquoi, ces derniers temps l’Inter-Centrale a pris soin d’informer la CEDEAO, et particulièrement Babanguida, qui sait porté garant du respect de l’application intégrale des accords du 27 Janvier, pour qu’il intervienne auprès du président, pour qu’il comprenne que l’élan de changement qui est engagé en Guinée est irréversible. Et qu’il ne peut pas nous bloquer jusqu’ici. Nous attendons cette commission qui doit arriver ce Lundi, pour discuter avec les factions du changement en Guinée. Rencontrer le Président de la République pour lui ramener à la raison. Si tout cela ne fonctionne pas, l’Inter-Centrale a fait appel aux autres forces de changement pour qu’on mette une nouvelle dynamique de lutte en place pour faire respecter les accords. C’est pourquoi on a eu une série de rencontres. Et la dernière rencontre du genre, c’était le meeting qu’on a tenu le mardi 4 Septembre à la bourse de travail. Il faut le dire qu’il a été boycotté par certains que nous connaissons, mais dont nous préférons ne pas dire les noms. Ils ont contacté même les gens pour ne pas que le meeting ait lieu. Au moment venu, les choses vont être claires. Il y a des gens parmi nous qui sont entrain de trahir. Ils sont récupérés par l’autre côté. C’est l’ancienne structure gouvernementale qui a été balayée et l’entourage du Chef de l’Etat. Nous allons les dénoncer au beau jour, au moment venu, s’ils ne se remettent pas en question et s’ils continuent à persister dans le boycottage de l’action salvatrice pour la nation, entreprise par les forces vives du pays.

Ce sont ces syndicalistes qui sont entrain de trahir la cause qui diffusent des informations sur le net pour accuser les syndicalistes guinéens de corruption. Il faut que les choses soient claires, nous avons tenu ce meeting c’est pour répondre aux provocations. Tous les Guinéens ont vu que ces derniers temps à Conakry et dans le reste du pays où, le parti au pouvoir qui s’est fait allier les anciens ministres, des anciens gouverneurs et préfets, ils sont entrain de récupérer certains syndicalistes, et ceux-là qui sont concernés par les accords du 27 Janvier, qui ont volé de l’argent et qui étaient en prison, libérés illégalement par le Chef de l’Etat ; qui manipule l’opinion pour détruire la cohésion et l’unité des forces de changement. Au lieu de parler de la corruption des syndicalistes, pourquoi ne parlent-ils pas des milliards qui ont été volés par ces gens là, qu’ils distribuent au niveau du PUP et à travers le pays. On ne parle pas de çà. On parle du fait que le Président est allé libérer ces voleurs en prison, ils ne sont pas jugés encore et on les responsabilise encore au plan politique dans le pays, comme pour dire que la corruption est devenue un système de gouvernement en Guinée. Voilà les actions que l’Inter-Centrale est entrain de mener actuellement dans tout le pays. La population reste mobilisée derrière l’Inter-Centrale pour anéantir ces forces qui s’opposent au changement en Guinée. Nous allons informer également l’opinion internationale par rapport à ce qui se passe en Guinée. Et l’Inter-Centrale est déterminée à faire en sorte que l’unité qui a été retrouvée depuis mars 2006 puisse se renforcer davantage. Nous avons actuellement une importante délégation du BIT avec laquelle nous sommes entrain de travailler, un appui à apporter à l’Inter-Centrale guinéenne et à tous les acteurs de changement y compris le gouvernement de consensus pour permettre à la Guinée de retrouver le terrain de la croissance économique, du chemin du respect des droits humains et le chemin de la démocratie et de la justice dans notre pays.

Guinee24 : La délégation du BIT qui séjourne à Conakry a rencontré Elhadj Mamadou Sylla et Youssouf Diallo. Votre point de vue ?

Dr Ibrahima Fofana : A l’Inter-Centrale, nous ne reconnaissons qu’un seul, unique, authentique et légitime Président du patronat en Guinée qui est Elhadj Youssouf Diallo. Comment le Président du Patronat peut-être Président d’un Parti politique ?

Guinee24: Pourquoi Hadja Rabiatou Sera Diallo était absente du meeting du 4 Septembre ?

Dr Ibrahima Fofana : Je suis arrivé à Conakry à la veille du grand meeting qui s’est tenu à la bourse de travail. Un meeting pour répondre aux provocations de l’ancienne équipe gouvernementale. Je ne peux pas dire pourquoi Hadja Rabiatou n’est pas venue. Les raisons ? C’est elle seule qui sait pourquoi. Posez lui la question, elle vous répondra.

Propos recueillis par Paul Moussa Diawara

Lanceï Konaté, Président du courant NPDG, Membre du Comité Central de l’ex parti présidentiel guinéen à Guinee24

Lanceï Konaté est membre du Comité Central du PDG-RDA, ex parti présidentiel guinéen. Président du courant, Nouveau Parti Démocratique de Guinée, en abrégé NPDG, ce fidèle et partisan modéré de l’idéologie révolutionnaire, est l’acteur clé d’une formation politique en pleine débandade qu’il s’est juré de ramener à la vie, après la chute du régime en Avril 1984. Réputé courageux, tenace et proche des citoyens dans sa ville natale de Kankan, il promet un séisme politique aux législatives prochaines à Nabaya auxquelles il se présenterait candidat sous les couleurs de son Parti. Fort du soutien de la Jeunesse, réussira t-il à changer la donne dans cette cité commerciale longtemps aux mains du RPG ? Entretien

Guinee24.com : Les mois de Janvier et Février 2007 ont été marqués par des manifestations populaires dans tout le pays. Un petit commentaire sur ce sujet qui a fait de la Guinée le centre du monde durant 45 jours ?

Lanceï Konaté : Mon premier mot consiste à présenter mes condoléances au peuple de Guinée tout entier et à m’incliner pieusement devant la mémoire des centaines de jeunes guinéens tombés sur le champs de bataille lors des journées héroïques de Janvier et Février 2007 pour le triomphe de la Liberté, de l’Etat de Droit, de la Démocratie, de la Justice… Nul ne doute, que 45 jours d’insurrection populaire contre le pouvoir guinéen, loin d’une partie de billard ou d’une simple manifestation d’humeur, constitue un ras-le-bol, le cri d’une population lasse de la misère quotidienne et de la pauvreté, résultat d’une gestion désastreuse des immenses ressources naturelles et intellectuelles du pays. Dévaluation du franc guinéen, hyper-inflation, détérioration du pouvoir d’achat, corruption, impunité, chômage chronique, guerre des clans pour la succession à Lansana Conté, injustice ; course à l’enrichissement illicite…, le pays n’en pouvait plus. C’est le chaos. J’espère que cette révolution populaire servira de leçon à tous nos dirigeants actuels et futurs dans la conduite de la Nation où, désormais, les citoyens ont décidé de s’impliquer dans la vie de la cité en jouant pleinement leurs rôles.

Guinee24.com : A la suite des manifestations populaires du début d’année, Lansana Kouyaté a été désigné pour conduire la primature guinéenne. 4 mois après sa nomination, quelles impressions vous donne le Chef du Gouvernement ?

Lanceï Konaté : En héritant de la primature en Février dernier, les conditions socio-économico-politiques catastrophiques dans lesquelles Lansana Kouyaté a pris ses fonctions, ne présageaient pas la facilité dans la résolution immédiate d’immenses défis auxquels le pays se trouve confronté, accumulés, faut-il le rappeler sur plusieurs décennies. Coupé du monde, sous embargo financier des bailleurs de fonds pour cause de mal gouvernance, sans capitaux…, la descente aux enfers était devenue inéluctable. Le travail herculéen accompli par la nouvelle équipe gouvernementale dans les domaines de l’équilibre des finances publiques, de la relance de la coopération bi et multilatérale profitable au pays, de la mobilisation des aides publiques internationales, du dialogue politique, de l’enclenchement du processus démocratique marqué par le retour des bailleurs de fonds… ; ne fait plus l’ombre d’un doute. Aujourd’hui, en Guinée, l’espoir est permis quant à l’avenir, malgré les immenses tâches qui incombent encore au Gouvernement et devant l’impatience des populations complètement démunies par plus de 23 ans de pillage des deniers publics et d’une gestion paternaliste de l’Etat.

Guinee24.com : En tant qu’acteur politique, un des hommes clés du PDG renaissant, pouvez-vous nous confirmer ou infirmer l’implantation massive de votre formation politique à Nabaya, l’autre appellation de Kankan qui n’est pas le bastion du Parti Démocratique de Guinée ?

Lanceï Konaté : D’abord, je voudrais rappeler ici que dans le contexte actuel de la Guinée, ce serait une prétention maladive qui frise l’arrogance, le mépris mais aussi l’ignorance de la dynamique de changement et de l’évolution du pays enclenchée en Janvier et Février derniers, une grave erreur aussi de considérer des citoyens libres, dotés de la faculté d’appréciation comme des électeurs figés. Immuables, incapables par eux-mêmes de discerner leurs intérêts. De porter leur choix sur le programme politique des partis qui prend en compte leurs besoins et leurs préoccupations. A Kankan, ce qui conforte cette nouvelle réalité que je décris ici, battant en brèche les notions de bastion ou de fief, se trouve dans l’offensive tous azimuts que j’ai lancée dans la ville de Nabaya, et cela, dans toutes les sous-préfectures entre autres Tokounou, Moribaya, Koumban, Gberedou Baranama, Sabadou Baranama, Batè Nafayi, Manamamoudoudou, Karifamoriya, Balandou… où, en ce moment, il y a des antennes du PDG RDA dans toutes ces localités. A tel point que, tout récemment, nous avons enregistré des défections dans certains partis politiques, considérés par les médias comme mieux placés dans la capitale de la Haute-Guinée, en faveur de mon Parti. Pour tout vous dire, aux législatives prochaines, un séisme politique de grande magnitude s’abattra sur la ville de Kankan car, le départ du PUP de la Mairie n’a pas changé les conditions de vie des Kankanais, de plus en plus misérables, et qui promettent de prendre leur revanche au prochain scrutin. Misère, pauvreté, injustice, guerre des clans à la Commune, accentuation de la corruption et des détournements des deniers publics notamment des taxes des quatre grands marchés Dibida, Sogbèla, Diakagbè et Lofèba et autres contributions diverses…, à tous égards, les citoyens n’ont pas trouvé leur compte dans le changement intervenu lors des dernières municipales, au point que nombreux sont ceux qui regrettent leur choix.

Guinee24.com : Votre dernier mot ?

Lanceï Konaté : La fatalité est une bêtise. Un manque de volonté et de vision. Avec les évènements de Janvier et Février 2007, cette prise de conscience nationale symbolisée par le triomphe de la volonté populaire et de la liberté citoyenne, les Guinéens ont montré au monde qu’une autre Guinée est possible. Mais, ce qui est déterminant dans le combat politique et l’évolution de toute nation, c’est plus la conservation des acquis des luttes populaires que la victoire elle même. Ainsi, la vigilance doit être de mise. Car, si économiquement, le Premier Ministre a la plénitude du pouvoir de bâtir une Guinée économique et sociale, débarrassée de la misère et de la pauvreté, source de tensions sociales, de conflits sociaux…, les tenants de la guerre des clans qui ne trouvent leur compte que dans l’instabilité politique, des tensions au sommet de l’Etat…, exercent de grandes et constantes pressions sur le Président Conté pour empêcher le transfert du pouvoir de nomination aux emplois civils à Lansana Kouyaté tel que prévu par les accords tripartites du 27 Janvier 2007 ; en vue de continuer à influencer négativement, et ce, dans leurs intérêts exclusifs, le cours de l’histoire et du changement amorcé en Guinée. Enfin, l’appel que je lancerai à tous mes compatriotes, c’est de faire la paix et de se mobiliser, autour de l’unité nationale et la concorde civile pour bâtir une Guinée nouvelle pour chacun et pour tous.

Propos recueillis par Paul Moussa Diawara