Affaire BSGR : Pots de vin et micros cachés autour d’une mine africaine
Le Canard enchaîné n°4874 du 26 mars 2014 consacre en page 4 un article à l’affaire Simandou : Pots de vin et micros cachés autour d’une mine africaine. Il écrit : "Un businessman français avoue à la justice US qu’il a tenté d’effacer des traces de corruptions pour l’octroi d’un fabuleux gisement de fer en Guinée". Dans le polar autour des conditions d’octroi des gisements miniers guinéens, le volatile est arrivé à l’épisode de la décision de Frédéric Cilins de plaider coupable dans l’affaire de corruption internationale instruite par la Cour de New York.
Ce Français avait été arrêté le 24 avril 2013 à l’aéroport de Jacksonville (Floride) par le FBI alors qu’il tentait de "corrompre" Mamadie Touré, la veuve du général Lansana Conté pour qu’elle détruise des documents compromettants pour la société BSGR. Simandou, le plus vaste gisement de fer non exploité de la planète".
Ces documents prouveraient que « son mari avait accordé au groupe minier BSGR, moyennant pots-de-vin, la fabuleuse concession de Frédéric Cilins ignorait que ses conversations avec Mamadie Touré étaient enregistrées, le FBI ayant travaillé et retourné l’ex veuve, l’avait équipé de micros.
Mensonges sur la bande
Le Canard qui affirme disposer de la transcription des échanges entre Cilins et Mamadie Touré et note que le Français, qui au départ avait nié toute mauvaise intention, avait décidé de "basculer dans la sincérité". Il donne l’exemple de la société de Frédéric Cilins basée aux îles Vierges, qui a financé une propriété en Floride pour la veuve de l’ex président, lui promet 5 millions de dollars en ajoutant que "il y en aura encore plus. Et c’est la communication qui m’a été donnée directement par le numéro 1. Je ne veux même pas donner son nom" puis en chuchotant Beny Steinmetz.
Dans une autre conversation il lui demande: "tu dois dire (au FBI) je n’ai jamais touché le moindre centime. Je connais BSGR, mais j’ai rien à voir avec ça". Frédéric Cilins insisterait prestement pour la destruction d’un document particulier: "c’est un truc qui fait 28 pages. Personne ne sait qu’on a ça (…) c’est une bombe atomique pour toi (…) il faut détruire. Très très urgent (…) il faut tout détruire et nier".
En comédienne consommée, écrit le Canard, la veuve "joue la surprise et tend la perche à Cilins pour lui faire avouer un forfait avec lequel on ne plaisante pas, outre Atlantique : "vous me dites qu’il faut mentir au FBI ?" et Cilins de répondre: "bien sûr qu’il faut mentir. Sinon tu peux faire une croix sur les Etats Unis et la carte de séjour". Et de lui proposer: "à ta place, je partirais dans la semaine à Freetown (Sierra-Léone), je veux t’aider à partir en Sierra-Léone…"
Le FBI sort les menottes
Le dernier échange entre Cilins et Mamadie Touré a eu lieu au moment où le Français, sur le point de rentrer en France, vérifie l’horaire de son vol. Une voix apparaîtrait dans l’enregistrement en intimant l’ordre: "stand up. Put your hands behind your back (debout, les mains dans le dos)".
Frédéric Cilins aurait déclaré à la Cour fédérale de Manhattan: "J’ai proposé de l’argent à un témoin du gouvernement américain pour quitter les Etats-Unis afin d’éviter un interrogatoire du FBI. Je savais que c’était mal". Le FBI pense que Cilins n’est pas seul dans ce coup. Le Wall street Journal le surnommerait "le lobbyiste de BSGR".
L’enquête du FBI a conduit à des perquisitions de cette société à Paris, Londres, et Genève. Le juge américain tente de comprendre comment Benny Steinmetz a pu s’offrir avec 160 millions de dollars, des droits de recherche sur le site guinéen de Simandou pour revendre deux années plus tard, 51% de ses droits à 2,5 milliards de dollars au groupe brésilien Vale. Jean – François Julliard auteur de l’article du Canard le conclut avec ces mots: "ces mesquins n’admettent pas qu’en Afrique on change parfois le fer en or".
Karim Bah, correspondant de guinee24.com, Conakry