Akinwumi Adesina, président de la Banque africaine de développement : « Ma priorité, c’est d’allumer l’Afrique »
Accès à l'électricité, modernisation de l'agriculture, soutien aux PME… Face à Jeune Afrique, le patron de l'institution panafricaine fixe clairement ses objectifs. Quelques jours après avoir pris ses fonctions, il se montre confiant et déterminé.
Début de mandat bien chargé pour le tout nouveau patron de la Banque africaine de développement (BAD). « Tout va très vite », nous confie Akinwumi Adesina en ce lundi 7 septembre à Paris, entre deux réunions.
En compagnie d’une quarantaine de ministres africains, il est venu préparer la Conférence des Nations unies sur le climat (COP 21), l’événement international le plus important de cette année selon lui. « Je suis venu discuter avec les autorités françaises sur l’énergie », poursuit celui qui a été ces quatre dernières années ministre de l’Agriculture au Nigeria, son pays.
Près d’une semaine après sa prise de fonctions, ce très proche de Ngozi Okonjo-Iweala, ancienne directrice générale de la Banque mondiale et ministre nigériane des Finances sortante, paraît encore euphorique. C’est la première fois que son pays, principal actionnaire de la BAD, accède à la présidence de l’institution.
Son discours est par moments encore celui d’un candidat. Mais l’agroéconomiste formé à l’université d’Ife et à l’université Purdue, dans l’Indiana (États-Unis), assure : « J’ai pris mes fonctions avec des idées très précises. » Parmi ses priorités, il cite l’accès à l’énergie et la modernisation de l’agriculture. « Les équipes de la banque sont prêtes. Il faut maintenant apporter une vision et mettre la machine en marche », insiste-t-il.
JEUNE AFRIQUE : Contrairement à vos prédécesseurs, vous n’êtes pas issu d’un « petit » pays. Et vous n’avez été ni Premier ministre ni chargé des finances du Nigeria. Comment expliquez-vous votre élection ?
AKINWUMI ADESINA : Comme une marque de confiance totale dans ma capacité à gérer la BAD. J’ai accompli beaucoup de choses tout au long de ma carrière, et pas seulement dans le secteur agricole. Je suis réputé pour avoir obtenu des résultats partout où je suis passé, en tissant les partenariats qui permettent d’avoir plus d’impact, d’être plus performant. Maintenant, l’élection, c’est du passé. Je suis le président de la BAD et je compte bien faire en sorte qu’elle réponde aux besoins de ses pays membres.
Avec quels objectifs ? Quelles sont vos priorités ?
La BAD a réalisé beaucoup de choses depuis sa création et je compte bien m’inscrire dans les pas de mes prédécesseurs. Mais le monde change et les objectifs de croissance ne sont pas suffisants pour réduire les inégalités et créer les millions d’emplois qui manquent aujourd’hui. Ma priorité, c’est d’allumer l’Afrique. Sans électricité, pas de développement. Sans énergies – conventionnelles ou renouvelables -, pas de santé, pas d’éducation, pas de croissance économique à deux chiffres. L’Afrique dispose d’un potentiel exceptionnel. Il faut maintenant le développer.
Beaucoup d’initiatives ont déjà été lancées, comme celles de Barack Obama et de Jean-Louis Borloo. Comment en assurer la cohérence ? Quel doit être le rôle de la BAD ?
C’est une organisation africaine, implantée en Afrique, c’est donc à elle de prendre le leadership. Nous disposons aujourd’hui de la volonté politique nécessaire pour débloquer les financements qui permettront de changer les choses, au niveau des infrastructures, des prix et des institutions d’encadrement. La BAD a été créée pour participer à de grands projets, comme les barrages d’Inga [en RD Congo], qui ont un vrai impact sur la situation, en collaboration très étroite avec ses partenaires.
C’est la raison pour laquelle je parle de « new deal énergétique ». Nous comptons mettre en place un « partenariat transformatif » qui regroupera toutes les initiatives en cours et à venir. Avec un engagement total et l’appui de tout le monde, je suis persuadé que l’Afrique peut résoudre ses problèmes énergétiques d’ici à 2025.
Avec JA