Bénin : Albert Tévoédjrè, figure intellectuelle et politique, est décédé

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Albert Tévoédjrè est décédé ce mardi 6 novembre à Port-Novo à l'âge de 90 ans. Éminente figure intellectuelle béninoise, fin politicien, celui que l'on surnommait « le renard Djrègbè » fut notamment l'un des artisans de la transition démocratique.

 

Il était à la fois professeur, intellectuel et homme politique. Il était aussi homme de médiation. Auteur de nombreux livres, dont les plus remarqués furent L’Afrique Revoltée, publié en 1958, et La Pauvreté, richesse des peuples, en 1978, ouvrages cultes dans les milieux tiers-mondistes en Afrique, Albert Tévoédjrè est décédé ce mardi 6 novembre dans une clinique de Porto-Novo.

Celui que l’on surnommait le « renard Djrègbè », sa bourgade d’origine, proche de Porto-Novo, avait aussi joué un rôle central lors de la conférence nationale souveraine du Bénin, qui fut le premier acte de la transition démocratique du pays.

Les années militantes

Né le 10 novembre 1929 dans une famille de sept enfants à Porto-Novo, dans ce que l’on appelait alors le Dahomey, Albert Tévoédjrè suit une formation dans les établissements catholiques. C’est à Dakar qu’il fera ses années de lycée, avant de partir pour la France où il suit des études de Lettres et d’Histoire à l’université.

Membre de l’Union des étudiants catholiques africains (UECA) et de la Fédération des étudiants d’Afrique noire en France  (FEANF) – il sera notamment l’une des plumes de l’Étudiant d’Afrique noire, la revue de la Fédération – Albert Tévoédjrè s’implique dans les mouvements indépendantistes et panafricains. Et n’échappe pas, alors, aux démêlés avec la police française. C’est à cette époque qu’il rédigera L’Afrique révoltée (Éditions Présence africaine), ouvrage qui deviendra rapidement une référence pour toute une génération de jeunes intellectuels et activistes engagés dans la lutte anti-coloniale.

De retour au Dahomey en 1959, il s’engage en politique au sein du Rassemblement démocratique dahoméen (RDD). Sous l’ère d’Hubert Maga, son ascension est alors très rapide. Secrétaire général de la présidence, il deviendra bientôt secrétaire d’Etat à la présidence chargé de l’information.

Carrière internationale

En 1961, il entame sa carrière internationale en devenant secrétaire général de l’Union africaine et malgache. Il en sera cependant écarté deux ans plus tard, sur fond de dissensions avec Hubert Maga. Après une courte traversée du désert, il part aux États-Unis, à Harvard, où il intègre le Bureau international du travail (BIT), dont il devient le coordinateur régional pour l’Afrique en 1966, et directeur général adjoint en 1974.

C’est à cette époque qu’il développera le concept de minimum social commun et celui de contrat de solidarité, une nouvelle approche des relations Nord-Sud, qu’il exposera dans La Pauvreté, richesse des peuples. Alors qu’il évolue depuis dix ans dans l’ambiance feutrée et polie des institutions internationales, Albert Tévoédjrè signe là un brûlot anti-impérialiste, plaidant pour que les États africains reprennent leur souveraineté – économique et politique – confisquée par les anciennes puissances coloniales et les sociétés multinationales.

Avec J.A

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