Editorial de GUINEE24 : Fièvre Ebola en Guinée - Le Sénégal n’est pas le pays de la Teranga

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La vie en communauté qui repose sur la solidarité, la fraternité, l’amitié, le respect de la dignité humaine… en toute circonstance, ne se justifie pas par des intentions ou de simples déclarations, mais se traduit dans les faits et gestes. Tout simplement dans le comportement. Aussi bien pour l’OMS que pour la communauté médicale et scientifique internationale, la fièvre Ebola en Guinée n’a pas atteint le pic, au point que le Sénégal ferme ses frontières avec son voisin. Le Sénégal n’est pas le pays de la Teranga. C’est inacceptable de laisser passer cette attitude qui frôle l'affront, l'arrogance de Macky Sall à l’endroit du grand peuple de Guinée dont la contribution de ses cadres, fils et filles à la vie socio-économique, politique, scientifique, culturelle… du Sénégal est colossale.

On évoquera par-ci par-là, le principe de précaution et le rôle de l’Etat sénégalais à préserver la vie, la santé de ses populations pour justifier la fermeture des frontières avec la Guinée. Ce qui ne serait que du syllogisme, de la poudre aux yeux, d’autant plus que les autres voisins de Conakry, par respect, par solidarité, par fraternité agissante ont préféré, pour éviter de choquer le voisin, prendre des mesures efficaces à travers la sensibilisation des populations, l’information, l’alerte maximale…

Macky Sall serait-il plus soucieux de la vie de ses populations que les Présidents Alassane Ouattara de Côte d’Ivoire, Ellen Johnson Serleaf du Liberia, Ernest Baï Kourouma de Sierra-Leone, Ibrahim Boubacar Keïta du Mali, Emanuel Serifo Nhamadjo de Guinée-Bissau… ? Certainement non !

Ceci dit, ce qui est paradoxal et explique l’inopportunité de la fermeture des frontières du Sénégal avec la Guinée, même la communauté internationale notamment les Européens et les Américains prompts en pareille circonstance à déconseiller la destination du pays, à verrouiller leurs frontières n’ont pas franchi le pas. Et apportent au contraire l’aide médicale, financière…, 500.000 euros de l’UE, les équipements, les médicaments, le personnel médical aguerri, expérimenté, compétent… à la Guinée. C’est ce qu’on appelle la solidarité, la fraternité…, loin de toute démagogie.  

Les autorités sénégalaises ont-elles la mémoire courte ?

En 2007, au plus fort moment de la grève illimitée déclenchée par les centrales syndicales du pays contre le régime de feu général Président Lansana Conté, des accords obtenus entre les partenaires sociaux et le pouvoir interdisaient l’exportation des denrées de première nécessité, des produits halieutiques vers l’étranger y compris la zone CEDEAO.

Quel, Guinéen, quel Ouest-africain, quel Africain… n’a pas vu le Président Wade débarquer à Conakry pour plaider, prier, supplier les autorités guinéennes de rouvrir les frontières guinéo-sénégalaises parce qu’au Sénégal cette mesure prise à Conakry commençait déjà à faire sentir ses effets sur la vie socio-économique et politique du pays.

Sans démagogie aucune, ni aucun complexe la Guinée dispose des moyens de faire plier le Sénégal. L’histoire lointaine et récente de nos relations le prouve à suffisance. Du grand marché Sandaga en passant par le marché Tilène jusqu’au grand marché de Castor, tous tenus majoritairement par les Guinéens, le Sénégal mange grâce à la Guinée. De la noix de cola au balai, des bœufs aux poissons, des condiments en passant les pagnes lepi jusqu'aux fruits…, tout ou presque au Sénégal provient de la Guinée.

A part l’aide internationale, la Guinée apporte mieux voire plus au Sénégal que n’importe quel pays de la sous-région, d’Afrique et du monde. Le pays de Macky Sall sort des entrailles de la Guinée. Ce n’est pas une exagération, mais une réalité vivante et vérifiable. En effet, des Cadres, enseignants, commerçants, médecins, avocats, sportifs (Henri Camara, Souleymane Camara…) qui font le Sénégal… viennent majoritairement de la Guinée.

"Quand la case de ton voisin brûle, c’est ta case qui brûle", dit un adage africain.

Macky Sall a raté l’occasion de faire preuve de bon voisinage, de fraternité et de solidarité séculaires qui lient les deux peuples.

Aujourd’hui, les Guinéens sont bloqués aux frontières sénégalaises, alors qu’au Foutah Djallon, côté guinéen, voisin du Sénégal, aucun cas de la fièvre ebola n’a été signalé. Ce qui fait souffrir depuis des jours des populations venant du Sénégal ou partant de la Guinée, au point que le lundi 31 Mars, à 30 Km de Koundara, côté sénégalais de la frontière, les communautés guinéennes et sénégalaises se sont affrontées, suite à la décision de Dakar de fermer les frontières entre les deux pays.

Mamadou Aliou Bah, chauffeur guinéen a confié à notre confrère de la radio Bonheur Fm que "depuis samedi des centaines de personnes sont massées de part et d'autre de la frontière". "Il y a même le corps d'un guinéen décédé à Dakar, qui devait être enterré à Pita, mais nous sommes bloqués ici. Il est difficile de trouver la nourriture ou l'eau, les Sénégalais se méfieraient de leurs frères guinéens les soupçonnant d'avoir Ebola", a-t-il déclaré.

Et d’ajouter : "Des camions chargés de mangues en provenance de la Guinée, qui devaient se rendre au Sénégal, sont immobilisés. Le risque de voir la marchandise pourrir a obligé les transporteurs à prendre des pistes en passant par des villages sénégalais. Les concitoyens de Macky Sall ont alors barricadé ces pistes estimant que les Guinéens ne doivent pas franchir la limite entre les deux pays".

A ce stade, si Macky Sall persiste dans sa bêtise politique contre l’avis de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) qui estime que l’épidémie n’a pas atteint le pic pour fermer les frontières, il se rendrait responsable de toute escalade de la violence, des troubles… dans cette zone frontalière entre les deux pays.

A vrai dire, l’expression Wolof la Teranga qui signifie hospitalité relève du marketing sur fond d’escroquerie, de duperie, de tromperie, de faux et usage de faux.

En tout état de cause, la Guinée et les Guinéens retiennent la leçon de l’hospitalité sénégalaise. Et s’en souviendront certainement le moment venu, même si Macky Sall a sitôt fait quant à lui d’oublier qu’il a gagné la présidentielle grâce au vote massif des Guinéo-sénégalais au second tour contre Me Abdoulaye Wade.

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