Grande Interview de Paul Moussa Diawara : "Le RDIG de Jean-Marc Telliano est en train de mourir par le fait du MPD"

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D’habitude loquace, Paul Moussa Diawara a choisi ces derniers temps d’être discret. Faire et laisser dire, voilà la voie qu’il s’est choisi pour mener son navire, le Mouvement des Patriotes pour le Développement (MPD). Un parti avec lequel, il faut désormais compter sur l’échiquier politique guinéen. Mais bousculé, le jeune loup aux dents longues a accepté de sortir du bois. Pour nous parler entre autres de son parti, de la mouvance présidentielle qui est sa famille politique, de la campagne contre l’épidémie d’Ebola et d’une énigme: l’électorat kissi. Cela s’appelle Paul Moussa Diawara à bâtons rompus.

Nouvelle Elite : Commençons par un petit autoportrait …

Paul Moussa Diawara : Je m’appelle Paul Moussa Diawara, président du Mouvement des Patriotes pour le Développement (MPD), un parti allié au RPG-Arc-en-ciel qui a son agrément depuis le 19 mars 2009. Je suis connu comme journaliste, mais j’ai aussi embrassé la carrière diplomatique dans les ambassades guinéennes en Italie et en Belgique. Ensuite, je suis rentré servir mon pays aux côtés du Pr Alpha Condé.

Parlant de votre parti le MPD, peut-on avoir une idée de son implantation ?

Notre implantation date de 2011, et depuis, nous sommes au charbon, ne ménageant ni notre temps, ni notre énergie.  Tout départ étant difficile pour une entreprise surtout en politique où vous ne trouvez pas le terrain déjà vierge, nous menons notre barque avec fortunes diverses. Ceci dit, à date, on peut quand même s’estimer heureux que dans cette œuvre de longue haleine, nous avançons avec une bonne dose d’optimisme grâce notamment à des adhésions massives que nous enregistrons sur le terrain, venant essentiellement de partis adversaires de l’opposition. A titre d’exemple, rien que sur le territoire de Conakry, nous avons une dizaine de fédérations. L’intérieur du pays n’est pas en reste. Faranah, Guéckédou, Kissidougou, Kankan, pour ne citer que cet échantillon ont leurs fédérations. Sans compter les nombreux coups de téléphone de sollicitation que nous recevons de quasiment toutes les régions de la Guinée. Ce sont là autant de facteurs qui nous réconfortent et nous galvanisent dans notre élan.

Qui adhèrent au MPD ?

Beaucoup de jeunes et de femmes, a-t-on constaté. Parmi eux, il y a non seulement beaucoup d’indécis jusque-là, mais aussi et surtout des militants de partis adversaires comme le RDIG et l’UPG respectivement de nos frères Jean-Marc Telliano et Jean-Marie Doré dont pour certains cas, ce sont même des bureaux entiers qui rallient le MPD. Ces nouveaux adhérents que nous saluons et respectons pour leur clairvoyance affirment être venus dans le parti de leur rêve qui les réconcilie avec leur conviction profonde de participer au développement de leur pays. Toute chose qui n’est possible qu’en étant de la mouvance présidentielle incarnée par un homme qui aura tout donné pour que sa patrie rayonne, je veux nommer le Pr Alpha Condé. En réalité, c’est le projet de société du chef de l’Etat qui les attire, puisqu’en échangeant avec eux, nos militants ne font aucun mystère de leur désir et de leur engagement à faire réélire le Pr Alpha Condé dès le premier tour en 2015. Nous nous ne demandons pas mieux.

En Guinée comme ailleurs, les partis raisonnent en termes de fiefs. Le MPD en a-t-il un ou plusieurs ? Si oui, quels sont vos fiefs ?

Comme vous le dites si bien, cela n’est pas propre à la Guinée. Et c’est notre devoir de l’expliquer à nos compatriotes. La démocratie des partis en Afrique est différente de la démocratie des publics en Europe. Chez nous, l’adhésion partisane se fonde sur des critères subjectifs qui n’ont rien à voir avec l’objectivité des choses. En Afrique en général, l’adhésion se fonde sur la région, la langue, la religion, etc. Le MPD n’échappe pas à cette réalité des affinités subjectives. Ce qui fait que même s’il s’implante progressivement sur l’ensemble du territoire, il est de plus en plus évident que son ancrage est beaucoup plus au sein du pays kissi qui part de Kobikoro dans Faranah pour s’étendre jusqu’à Panziazou dans Macenta en passant par Kissidougou et Guéckédou. Cela sans compter les zones de concentration des populations kissi qu’on peut voir en Basse-côte, précisément dans la périphérie de Conakry, notamment à Coyah, Dubréka et Kindia, pour ne citer que ces quelques exemples. Qu’à cela ne tienne, notre vocation est de ne voir que la Guinée. C’est pourquoi, le MPD tend la main à tout le monde pour que notre parti demeure national. Obama est une révélation de sa ville natale. François Hollande a été révélé par ville de Corèze avant que la France ne le découvre. Tous les leaders politiques occidentaux partent de leurs contrées pour être nationaux. Ils sont ou des maires ou des députés. Vous ne pouvez pas prétendre demander quelque chose à vos concitoyens quand vous ne représentez rien dans votre ville. Cela est universel, démocratique et humain. Donc nul ne doit en rougir. 

L’électorat kissi dont on parle tant serait mal connu d’après une certaine opinion. Etes-vous d’accord avec ceux qui pensent comme cela ? Si oui parlez-nous un peu de ce vivier…

Il ne faut pas se voiler la face, cet électorat semble effectivement mal connu. Alors qu’en réalité, il existe et il s’organise peu à peu pour qu’il soit effectivement pris en compte. Je peux sans risque de me tromper qu’il est la troisième démographie de ce pays. Figurez-vous qu’il est très bien réparti sur l’ensemble du territoire national. La Forêt, le Foutah, la Basse Guinée et la Haute Guinée en connaissent d’importantes colonies que chacun peut bien vérifier.  C’est tout cela que nous voulons capitaliser par une bonne organisation grâce à l’effort des uns et des autres pour converger dans une seule direction, celle de la réélection du Pr Alpha Condé en 2015 qui permettra la poursuite des œuvres de reconstruction nationale en général et du pays kissi en particulier. C’est pour cela que le MPD fait du vote à 100% de cet électorat en faveur du candidat du RPG-arc-en-ciel, son combat. Et j’ai bon espoir que nous réussirons ce challenge, malgré la calomnie, les peaux de banane et les croc-en-jambe des adversaires politiques.

Justement, parlant d’adversaires, il est beaucoup question aujourd’hui de guerre fratricide entre vous, Jean-Marc Telliano du RDIG et Marc Yombouno, ministre du Commerce, tous issus de la même région. Qu’en est-il ?

C’est de bonne guerre quand nous sommes en politique. Ce qui fait que je ne m’occupe pas de ce que font les autres. Je m’occupe de ce que j’ai à faire. C’est cela l’essentiel, même si je sais que nos avancées sur le terrain pourraient faire des jaloux. C’est normal, c’est humain. Moi j’ai un objectif dont personne ne pourrait me distraire. Celui de la réélection de mon candidat en 2015. En politique le rapport des forces ne repose que sur la loi du nombre. A partir de là, nous ne reculerons devant aucun adversaire, fut-il Jean-Marc Telliano dont les fédérations entières du parti RDIG ont adhéré au MPD ou Jean-Marie Doré dont des membres du Bureau politique national du parti UPG nous ont aussi rejoint. Ceux-là je les cite comme d’ailleurs Faya Millimono, parce qu’ils sont des chefs de partis comme moi. Le moment viendra où l’on saura qui est qui désormais dans l’espace kissia. Quant à mon frère ministre Marc Yombouno, même s’il n’est pas chef de parti, il défend la même cause que moi et le MPD. Nous ne sommes pas des adversaires, nous sommes complémentaires dans le même combat politique face à des adversaires bien connus. Raison pour laquelle, ma main fraternelle reste toujours tendue vers lui pour que nous oeuvrions ensemble à la victoire de notre champion, le Pr Alpha Condé. Cela est valable pour tous les mouvements de Bèma kissi et toutes les personnes ressources de cet espace pour qu’ensemble nous ayons notre stratégie commune et notre force de frappe en faveur du chef de l’Etat.   

Marc Yombouno n’est certes pas un chef de parti, mais il est issu d’un mouvement de soutien au pouvoir qui est ‘’Dompilo’’.  Comment comprendre que vous ne soyez pas des adversaires quand vous chassez sur les mêmes terres ?

Il ne faut pas voir le problème de cette façon. C’est l’objectif commun vers lequel nous tendons qu’il faut voir. En plus, un mouvement de soutien n’est pas un parti politique. Les deux n’ont ni les mêmes méthodes, ni les mêmes marges de manœuvres. Chacun agit sur le terrain selon les réalités qui le caractérisent. Dompilo est sur le terrain depuis longtemps, il a fait de très bonnes choses et continue d’ailleurs de le faire. C’est pour cela que je lui rends hommage. Mais nous ne devons jamais oublier que c’est en conjuguant nos efforts que nous pouvons réussir notre mission qui est la même. Donc le MPD ne se trompe pas de combat. Dompilo n’est pas un adversaire et ne le sera pas. Il est un partenaire. Par contre le RDIG de Jean-Marc Telliano a pris un grand coup en Forêt et est en train de mourir par le fait du MPD qui va continuer à le vider de ses militants. C’est cela notre combat.

Qu’en est-il des relations du MPD avec le RPG-arc-en-ciel ?

Tout se passe à merveille. Nos manifestations se passent partout avec les bénédictions de ce parti allié. Coyah, Dubréka, Conakry, partout, quand nous sommes en tournée ou en meetings, nous sommes avec le RPG-arc-en-ciel qui nous facilite tout. Donc pas le moindre souci de ce côté. Je vous rappelle que je suis le fils d’un des fondateurs du RPG, feu le Capitaine Balla Diawara ; moi-même militant de première heure du RPG-arc-en-ciel avec le MPD. Notre parti ne mobilise pas pour lui-même, mais pour le RPG-arc-en-ciel qui un certain 17 mai 1991 a défoncé les portes de la Guinée pour y instaurer la démocratie. J’ai toujours voté pour le RPG et je continue de le faire. Ceux qui me connaissent le savent, si je ne suis pas au service du RPG-arc-en-ciel, je le clamerais partout. Mais ce n’est pas le cas. Donc pas de confusion à ce niveau.

Quel est l’agenda actuel du MPD ?

Le chef de l’Etat a déclaré la guerre à la fièvre Ebola. Nous avons adapté nos programmes à cette mission. Voilà pourquoi nous sommes sur ce front. A Conakry et dans nombre de préfectures, nous distribuons des kits de prévention à des compatriotes. Un parti c’est pour remporter des élections, dit-on. Mais c’est avec des électeurs qu’on gagne les élections. Pourquoi ne pas se préoccuper de la santé de ces électeurs ? D’où notre engagement aux côtés du gouvernement pour gagner rapidement ce pari difficile mais pas du tout impossible. D’autres activités se mènent mais la principale demeure la lutte Ebola.

Propos recueillis par Sékouba Savané

(Source : Nouvelle Elite)

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