Les pays frappés par Ebola demandent l’annulation de leur dette

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Guinée, Sierra Leone et Liberia - durement frappés par l’épidémie Ebola depuis le printemps dernier, entendent profiter du 24e sommet de l’Union africaine qui se tient cette semaine à Addis Abeba (Éthiopie) pour réclamer une annulation de leur dette extérieure et obtenir le soutien de leurs pairs. La crise sanitaire a déstabilisé l’économie des trois pays et mis à mal leurs finances publiques.

Lundi 26 janvier, le secrétaire exécutif de la Commission économique de l’ONU pour l’Afrique (CEA), Carlos Lopes a appuyé leur demande. Ces pays « durement éprouvés, auront besoin d’un allégement de dette pour se remettre » a-t-il déclaré lors du conseil des ministres des Affaires étrangères. Après le gouvernement américain en novembre, la CEA avait le mois suivant lancé un appel à la mobilisation de la communauté internationale pour une annulation totale de la dette extérieure des trois pays d’Afrique de l’ouest.

Depuis le premier cas d’Ebola découvert le 24 mai 2014 en Sierra Leone, l’épidémie n’a épargné aucune des quatre provinces du pays. Trois cents nouveaux cas de contamination ont été recensés au cours des quinze derniers jours dans ce pays qui, avant d’être le plus ébranlé par le virus, s’apprêtait enfin à connaître une embellie économique. La Banque mondiale table cette année sur une récession de 3 % là où une croissance de 8,9 % était attendue par Freetown avant la catastrophe sanitaire.

Au Liberia, les secteurs du fer et du caoutchouc tournent au ralenti. En cette année électorale, la Guinée doit faire face à l’attentisme des investisseurs et à une contraction de ses recettes budgétaires. Le Fonds monétaire international ne table plus que sur une croissance de 0,5 %.

Relever des économies à terre

« Nos économies sont en difficulté et les conséquences d’Ebola se feront ressentir au moins jusqu’en 2016. Atténuer le poids de la dette sur les trois prochaines années permettrait d’accroître les capacités de financement budgétaire », souligne Mohamed Diaré, ministre guinéen de l’économie qui pointe une perte de 100 milliards de francs guinéens (12,5 millions d’euros) de recettes depuis le déclenchement de l’épidémie. La Guinée consacre chaque année 64 millions d’euros au remboursement d’une dette extérieure qui s’élève à près de 1,5 milliard d’euros. Et d’ajouter : « Le budget de l’Etat a dû être réduit. Nous avons besoin de cette annulation de la dette et pour cela d’un soutien politique de l’UA et d’une décision du FMI ».

De Conakry à Addis Abeba, le président Alpha Condé a fait de l’annulation totale de la dette des trois pays son cheval de bataille. Il l’évoque avec insistance à chacun de ses entretiens. En amont du sommet de l’Union africaine où il entend bien faire adopter une résolution, Alpha Condé a pris soin de s’assurer du soutien des présidents du Niger, du Bénin et d’Afrique du Sud et de tous ceux qui lui ont rendu visite à Conakry au cours des dernières semaines. Avant de rejoindre la capitale éthiopienne, il a discuté du sujet avec son homologue français, François Hollande, lors d’une rencontre à l’Elysée, puis a prêché sa cause auprès de la directrice générale du FMI, Christine Lagarde, à Davos. Celle-ci s’y serait dite « plutôt favorable ».

Dépenser plus pour la santé

Même si les économies de la Guinée, du Liberia et de la Sierra Leone représentent moins de 1 % de la richesse du continent, l’enjeu est considérable. Pour le FMI, il s’agit de ne pas créer une « jurisprudence Ebola » tout en se devant d’apporter une réponse à des États qui se disent, prêts en contrepartie, à renforcer leur système de santé. La moitié de la dette effacée y serait consacrée.

Dans le cadre de l’Initiative pour les Pays pauvres très endettés (PPTE), le Liberia avait vu sa dette multilatérale, d’un montant de 3,3 milliards d’euros, entièrement effacée en juin 2010, tandis que deux ans plus tard, la Guinée avait bénéficié d’un allégement à hauteur de 1,8 milliard d’euros, soit 66 % de ses emprunts à l’étranger.

Depuis le déclenchement de l’épidémie, la communauté internationale a multiplié les promesses de financement pour l’essentiel sous forme de prêt. Lors du sommet du G20 à Brisbane en novembre dernier, le FMI a ainsi promis 263 millions d’euros, tandis que, début décembre, la Banque mondiale a déclaré mobiliser 879 millions d’euros de financement pour la Guinée, le Liberia et la Sierra Leone. Au risque, mettent en avant les pays concernés, de venir au final gonfler leurs obligations financières à l’égard des bailleurs internationaux.

« Le soutien des pays membres de l’Union africaine est assuré, souligne un diplomate de l’organisation panafricaine. Mais les cordons de la bourse sont dans d’autres mains. À supposer que les institutions financières multilatérales accueillent la demande avec bienveillance, il faudra encore convaincre les créanciers bilatéraux. La Guinée devra notamment négocier l’annulation de 715 millions d’euros de dette bilatérale avec la Chine, les pays du Golfe, l’Angola et le Club de Paris. Le Liberia devra lui discuter avec Taïwan et l’Arabie saoudite qui détiennent 40 % de sa dette. Le plus dur pourrait bien commencer après ce sommet de l’Union africaine.

(Le monde)

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