Présidentielles 2015 : A partir de quel seuil le dialogue devient-il une capitulation ?
Face à ce qui s’annonce comme une victoire au premier tour d’Alpha Condé, de plus en plus de voix s’élèvent pour demander un ''dialogue'' entre le Président sortant et l’opposition. La directrice pays de Search for common ground estime que s'il y a victoire au premier tour le pays risque de sombrer dans la violence. Makalé Camara de la COFFIG dit que « c’est à Alpha Condé de régler le problème ». L’UE et l’UA suggèrent également un dialogue entre les parties.
Personne ne propose le thème ou l’ordre du jour de ce ''dialogue''. C’est à juste titre d’ailleurs que Sydia Touré s’est interrogé (sans doute pas pour les mêmes raisons) sur le contenu que prendra ce dialogue.
Donc la question reste posée : un dialogue pour parler de quoi ?
L’équation est simple. Il y a eu une élection présidentielle. Un vainqueur va être proclamé. La seule question qui vaille est de savoir si sa victoire est légitime. Dans notre pays, la Guinée, indépendante depuis 57 ans, seule la CENI et la Cour Constitutionnelle sont habilitées à le dire.
La question est donc de savoir si oui ou non nos lois et nos institutions ont un sens, une valeur et une raison d’être.
Depuis 2011, l’opposition guinéenne obtient par la rue ce qu’elle réclame
- les séances de dialogue à répétition ;
- l’intervention d’observateurs, médiateurs et autres experts étrangers ;
- le départ du Président de la CENI ;
- la recomposition de la CENI (par deux fois) ;
- le changement de l’opérateur technique ;
- la mise en place de comités de suivi pour « chapeauter la CENI » (par deux fois) ;
- l’intervention d’experts pour vérifier le travail sur le fichier électoral ;
- la recomposition des autorités communales ;
- la libération de manifestants violents ;
A chaque fois nous frôlons de graves violations de nos textes pour satisfaire ces exigences.
Cette fois encore l’opposition veut imposer sa conception de notre démocratie en général et de notre processus électoral en particulier par la violence. Combien de temps cela va-t-il durer ?
Combien de temps les partisans d’Alpha Condé vont-ils respecter ces appels au calme ?
Une certitude demeure : Après ces appels à la rue et aux attaques répétées des militants de l’opposition contre ceux qui ne sont pas avec eux, il n’est plus question de céder quoi que ce soit. Quel que soit le respect que les Guinéens ont pour leur Président, ils n’accepteront pas que ce prétendu dialogue aboutisse à un second tour artificiel ou un partage du pouvoir avec l’opposition. Personne n’a le monopole de la violence.
Alors, encore une fois : un dialogue pour parler de quoi ?
Dr Abdoulaye Camara