Société civile et politique, main dans la main

www.guinee24.com - - Politique

 

Pour ainsi dire, la Constitution guinéenne est claire sur le sujet, l’animation politique du peuple est l’apanage des partis et formations politiques. Toute chose qui devrait permettre d’éviter les amalgames et de garder chaque constituant du corps social dans son registre d’activités. Cependant, il faut dire que l’apolitisme plat n’est pas de ce monde d’autant que dans tous les domaines de la vie intervient la politique qui, au-delà de la forme ou du système de gouvernance, s’impose à l’individu en tant qu’être social.

C’est pourquoi, d’ailleurs, certaines associations ou mouvements de jeunes refusent de se présenter apolitiques mais se disent non-politiques. En effet, ils se donnent ainsi le droit, que du reste la Constitution reconnaît à leurs adhérents, de se prononcer sur la gestion de la chose publique par les politiques ou l’administration. Le cadre institutionnel pour permettre l’expression de ces genres d’organisations est la «Société civile» dont appartient le syndicat. Ici sont logées les institutions dites de promotion de la bonne gouvernance et de la démocratie qui, si elles sont vues ès matière comme contre-pouvoir, n’ont cependant pas vocation à s’opposer aux tenants du pouvoir, comme le ferait un parti d’opposition. La société civile a comme mission de servir de pouvoir social pour mieux contrôler l’action du pouvoir politique. Dans ce contexte politique nationale marqué par une promotion de la démocratie et de la bonne gouvernance, qui sont devenues non seulement des conditionnalités des institutions financières internationales, mais aussi une exigence sociale, la Société civile doit s’ériger en quatrième pouvoir, pouvoir qu’on attribue aussi à tort ou à raison aux médias, pour que se réalise cet idéal de gestion démocratique, et pouvoir par la même occasion lutter contre certaines dérives.

Un rôle bien salvateur qui ne saurait être confondu à celui des partis politiques d’opposition qui, à la conquête du pouvoir d’Etat, sont souvent aveuglés par leur essence et leurs intérêts partisans. Mais que constate-t-on aujourd’hui ? La faiblesse structurelle de l’opposition politique guinéenne qu’elles n’ont cessé de relever explique-t-elle cela ? En tout cas, certaines institutions de promotion de la bonne gouvernance semblent vouloir relayer les partis politiques de l’opposition en se fendant en des déclarations où apparaissent clairement des positions politiques en faveur de ceux-ci. En n’arrivant pas à «cacher» leur sympathie pour l’opposition ou leur opposition politique aux tenants du pouvoir. Dans le contexte actuel de la Guinée, quelle différence y a-t-il entre les prises de positions de l’UFDG et de l’USTG/CNTG sur les questions relatives à la diminution du prix du carburant et la gestion économique du pays? Elles sont toutes politiques. Leur antagonisme ne devrait pas être motif pour exécrer l’un ou l’autre de leurs tenants respectifs. Si en Guinée, des acteurs de la société civile ont décidé de jouer le jeu politique par procuration, qu’ils assument leur choix. C’est clair que ces institutions dites de bonne gouvernance défendent les positions de l’opposition politique ; mieux, elles jouent son rôle. Dans ce jeu trouble, le peuple est comme pris en otage ; or c’est à lui d’infléchir sur la tendance qu’il voudrait voir prendre sa destinée ; comme le dit Alain TOURAINE, dans ‘’Qu’est-ce que la démocratie’’ : «La fonction des masses en démocratie n’est pas de gouverner mais d’intimider les gouvernants». Que ceux qui se disent porte-voix des masses guinéennes se ravisent, s’ils veulent avoir de la crédibilité à leurs yeux. Ce n’est pas en renforçant l’opposition politique, donc en devenant partie prenante de la lutte politique pour la conquête du pouvoir d’Etat, qu’ils feront œuvre utile pour la paix en Guinée.

Aboubacar Tamourah

Catégories:Politique